Brabant wallon Alain Daix a créé la Sans Grade. Une bière jugée trop proche de la Vieux Temps selon le groupe brassicole.

Lorsqu’il s’est lancé dans la création d’une nouvelle bière artisanale, Alain Daix, un sexagénaire guibertin, ne s’attendait sans doute pas à se retrouver plongé dans une bataille judiciaire contre AB Inbev. Le groupe, leader mondial de la production brassicole, estime en effet que la Sans Grade, du nom du nouveau breuvage, se rapproche trop de la Vieux Temps, anciennement brassée à Mont-Saint-Guibert.

Tout remonte à il y a quelques mois. Alain Daix, membre fondateur du cercle historique baptisé Le Bon vieux temps, se charge de créer un fascicule sur la Villa scolaire guibertine - qui a aujourd’hui fait place aux chambres d’hôte des Trois Fontaines, à Nil-Saint-Vincent - et des carrières de pierre de Mont-Saint-Guibert, Nil-Pierreux et Blanmont.

La présentation de l’ouvra- ge devant avoir lieu dimanche dernier, Alain décide de l’accompagner de la dégustation d’une bière qu’il décide de créer. "Il y a quelques années, alors que je jouais encore au foot, on avait pensé créer notre propre bière", confie Alain Daix. "Ça ne s’était finalement pas fait mais l’idée m’était restée en tête. Et il y a quelques semaines, j’ai décidé de franchir le pas."

Le Guibertin se rend alors chez Pierre Jacob, le responsable de la brasserie Saint-Monon, à Ambly (province de Luxembourg). "J’ai eu un véritable coup de cœur pour cette brasserie", assure Alain Daix. "Avec un ami, on a assemblé quelques brassins pour arriver à la bière que l’on voulait avoir. Avec un brin d’amertume mais pas trop pour que tout le monde puisse l’apprécier. Bref, une bière un peut passe-partout."

Quelques essais plus tard, la Sans Grade était née. Mais aujourd’hui, elle s’attire donc les foudres d’AB Inbev, qui vient de lancer une procédure judiciaire à son encontre. Le groupe brassicole estime que la nouvelle bière surferait sur la renommée de la Vieux Temps. "Ce qui est un comble alors que cette bière tombe en désuétude et qu’elle n’est quasiment plus produite", déplore Alain Daix.

Selon AB Inbev, trois choses poseraient problème. D’abord, l’utilisation de l’appellation Le Bon Vieux Temps sur l’étiquette. Ensuite l’utilisation du nom Grade, qui n’est autre que la famille créatrice de la brasserie guibertine en 1858 et de la Vieux Temps en 1930 (lire ci-dessous).

Et enfin, le fait que la bière soit ambrée, comme la Vieux Temps. Des coïncidences qui, pour AB Inbev, prouveraient qu’Alain Daix a voulu se rapprocher de ladite Vieux Temps .

Mais pour ce dernier, on lui fait un procès d’intention. "L’appellation Le Bon Vieux Temps provient du cercle historique que l’on a créé il y a deux ans et qui revient sur le passé de Mont-Saint-Guibert", se défend le Guibertin. "On y évoque forcément le passé brassicole mais aussi géographique, culturel ou généalogique… Si on ne peut plus utiliser l’appellation Vieux Temps , plein d’associations devraient changer de nom. Notamment la maison de repos de Mont-St-Guibert (NDLR : Au Bon Vieux Temps). Et quant au fait que j’utilise des majuscules, c’est juste pour une question de typographie, pour que ce soit plus esthétique sur l’étiquette."

Enfin, concernant la couleur ambrée de sa bière, Alain balaie l’argument. "Il n’y a pas 36 couleurs de bière : blonde, brune, ambrée… Aurais-je dû créer une bière bleue ou verte pour ne pas avoir de problèmes ? Et puis, la Sans Grade n’a pas l’odeur ni le goût de la Vieux Temps ."

La famille Grade entre dans la danse

Si le groupe AB Inbev a intenté une action judiciaire contre le créateur de la Sans Grade, c’est aussi le cas pour la famille Grade. Laquelle estime que ladite bière fait ouvertement référence à son patronyme.

Selon les Grade, la succession des mentions Grade, Vieux Temps et bière d’inspiration guibertine sur l’étiquette de la nouvelle bière prouve que son créateur a volontairement voulu faire référence à la famille Grade. Or, ses membres n’ont jamais donné leur accord.

Ce dont se défend Alain Daix. "Le nom de Sans Grade provient juste du fait que cette bière n’a aucune valeur, aucun titre de noblesse. Comme un soldat sans grade qu’on envoie sur le champ de bataille. Dire que j’ai voulu surfer sur le nom de Grade est totalement injustifié. À Mont-Saint-Guibert, seuls les plus de 60 ans se souviennent que c’est Pierre-Joseph Grade qui a fondé la brasserie. Certains vivent depuis plusieurs décennies à Mont-Saint-Guibert et ne le savent pas. Les majuscules ? Une simple question esthétique."

Le fait que la bière soit baptisée Sans Grade n’aurait donc rien à voir avec l’argument des Grade estimant que ce nom de baptême laisse à penser qu’il est possible de faire une bière sans eux. "Il est offensant de penser que j’ai voulu les offenser", déplore Alain Daix. "Au contraire, j’ai toujours défendu les Grade lorsque la brasserie a été revendue à Interbrouw et alors qu’ils étaient insultés de toutes parts."

Enfin, le dernier reproche formulé par les Grade : l’utilisation d’un triangle sur l’étiquette de la Sans Grade . Lequel ferait référence au triangle rouge présent sur les anciens verres de Vieux Temps. "C’est une figure géométrique comme une autre. Si j’avais choisi un hexagone, c’est peut-être Bertinchamps qui me serait tombé dessus."