Moins de 20 % des élèves de l’enseignement obligatoire francophone à Bruxelles ont bénéficié d’au moins une animation Evras en 2018. L’éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle fait pourtant partie des obligations internationales pour conscientiser les enfants et adolescents sur des questions aussi variées que les maladies sexuellement transmissibles, les règles et le consentement. "Ce sont des outils pour leur permettre de se respecter, tant eux-mêmes que les autres, et pour lutter contre toute une série de violences faites aux femmes. Même si la Cocof n’a pas les compétences de l’enseignement ou de la jeunesse, nous intervenons dans les écoles via les plannings familiaux", explique Barbara Trachte (Ecolo).

Pour la ministre-Présidente du collège de la Commission communautaire francophone, cette couverture est un bon début mais doit être généralisée. Avec les deux autres ministres à l’initiative du plan francophone de lutte contre les violences faites aux femmes Bénédicte Linard (Ecolo) et Christie Morreale (PS), elle entend étendre les cours d’Evras à tous les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Elle a, pour cela, commandé une étude du centre de recherche de l’École de santé publique (ESP) et du département d’économie appliquée de l’ULB. Le but : objectiver les coûts d’une telle généralisation.

Le rapport propose trois stratégies qui fixent des objectifs de couverture sur cinq ans, selon le public que vise la Cocof et les moyens qu’elle est prête à allouer au projet. La première est un modèle minimal qui propose la mise en place des animations dans trois niveaux distincts : en sixième primaire, deuxième et quatrième secondaires avec un total de six animations par parcours scolaire dans l’enseignement ordinaire. Le modèle intermédiaire suggère quant à lui de mettre en place des animations dès la troisième maternelle jusqu’en sixième secondaire, une année sur deux. Finalement, le modèle idéal préconise de mettre en place des animations pour chaque année scolaire en commençant dès la troisième maternelle, permettant d’assurer une continuité annuelle de l’Evras auprès des élèves, avec un total de 65 animations.

Alors que le modèle minimal permet d’assurer qu’une base minimale de couverture soit atteinte avant d’étendre les animations à d’autres niveaux scolaires, le modèle idéal offre l’avantage d’éduquer les enfants et les jeunes aux problématiques de l’Evras tout au long de leur parcours scolaire. Pour ce qui est du budget, il est conséquent et assez largement supérieur aux moyens actuellement débloqués par la Cocof. Selon les trois modèles proposés, le coût oscille entre 1,1 et 1,6 million d’euros pour l’année scolaire 2021-2022. Il progresse ensuite de façon croissante au fil des années, en même temps que les objectifs croissants de taux de couverture à atteindre. Ainsi, en 2025-2026, le coût projeté est compris entre 2,3 et 2,9 millions d’euros.

Outre les frais liés aux animations, il faut compter la part propre aux formations des animateurs. "Cet aspect-là est très important car il y a déjà eu des dérives avec des animations qui ne rentraient pas dans le cadre émancipateur de l’Evras." Les coûts objectivés, reste désormais à la Cocof à fixer son budget et ses objectifs. "Actuellement, le budget est de 750 000 euros. C’est une augmentation par rapport à 2019, où on était à 570 000, mais ce n’est pas encore assez par rapport aux paliers fixés par l’étude (NdlR, qui prend en compte les plannings familiaux mais aussi d’autres intervenants dont la Cocof n’a pas la charge). Je ne peux rien garantir avant les négociations budgétaires de cet automne mais on sait vers quel effort il faut tendre pour participer à la généralisation des cours d’Evras."

L’étude a par ailleurs mis au point un simulateur qui permet de tester d’autres stratégies, selon les moyens débloqués par la Cocof. "On peut apporter le résultat de ce travail à nos partenaires wallons et de la FWB mais aussi simuler d’autres scénarios que ceux présentés dans l’étude. Dans tous les cas, nous nous voulons ambitieux pour permettre aux enfants et aux jeunes de faire des choix éclairés pour leur santé sexuelle."