"La prison de Forest date de 1910 et on a encore l'impression d'y être. Cette prison est un lieu sinistre et glauque, c'est une punition rien que d'y entrer. Oui, je peux l'entendre et je l'entends", a déclaré l'avocat général, mercredi après-midi, devant la cour d'appel de Bruxelles, à l'entame de son réquisitoire contre 14 agents pénitentiaires prévenus pour traitement inhumain envers des détenus.

L'avocat général a tenu à préciser qu'il comprenait que "travailler à la prison de Forest, c'est quelque-chose de difficile". Il a rappelé que l'État belge avait été condamné à plusieurs reprises en raison de la situation déplorable de cet établissement pénitentiaire, précisant qu'il est "temps que l'humanité élémentaire trouve la place qu'elle mérite dans ce lieu". Mais, selon le représentant du ministère public, il ne faut pas se tromper de procès.
"Tous les agents pénitentiaires de cette prison, soit 250 au total à l'époque des faits, en 2014-2015, ne se trouvent pas aujourd'hui sur le banc des prévenus", a-t-il dit. "Cela montre bien qu'il était tout à fait possible de faire son travail là-bas sans pour autant bafouer les droits humains les plus élémentaires".

"Le dossier n'a pas pu faire la lumière sur tout ce qui a été dénoncé, mais un nombre incroyable de pratiques inacceptables sont établies selon moi", a poursuivi l'avocat général. Selon le magistrat, plusieurs éléments peuvent être relevés, notamment le fait que toutes les victimes sont des détenus fragiles qui, soit sont incarcérés à l'annexe psychiatrique, soit sont socialement isolés ou ne parlent ni le français ni le néerlandais. Il a également rappelé que les noms des agents qui faisaient partie de la brigade d'intervention n'étaient jamais notés nulle part. "Ils frappaient sans risque".

Quatorze gardiens de la prison de Forest comparaissent devant la cour d'appel de Bruxelles pour répondre de faits de violence physique et morale grave, commise à l'encontre de détenus, entre 2014 et 2015. Les faits ont été commis dans l'aile D de la prison, et dans l'annexe psychiatrique. La situation dans cet établissement pénitentiaire était alors extrêmement problématique, en raison d'une surpopulation carcérale, d'un manque de personnel et d'une infrastructure vétuste.

Il est question d'expéditions punitives qui étaient menées le soir, particulièrement auprès de détenus fragiles et isolés. Plusieurs agents auraient considéré comme un jeu le fait d'insulter, d'humilier ou de provoquer des détenus, pour que ceux-ci soient poussés à bout et se montrent agressifs, amenant alors les gardiens à les conduire au "cachot", la cellule d'isolement. Les auteurs auraient ensuite dressé de faux rapports disciplinaires pour justifier l'usage de la force.
En première instance, en mars 2019, le tribunal correctionnel de Bruxelles avait établi la plupart des faits dénoncés et avait prononcé des peines entre deux et 20 mois de prison avec sursis à l'encontre de quatorze agents sur vingt-deux. Un appel a ensuite été formé du côté du ministère public comme de la défense.

Les agents qui comparaissent actuellement devant la cour contestent avoir abusé de leur autorité auprès de détenus pour s'en prendre à eux par plaisir. Certains ont aussi déploré avoir été qualifiés de racistes par des témoins.
Le réquisitoire se poursuivra jeudi.