Polémique à Bruxelles: Des caméras dans les panneaux publicitaires

La société Clear Channel a installé 10 écrans tactiles avec webcam intégrée. De quoi inquiéter les défenseurs de la vie privée.

A. H.
Stop camera pub pkl stephanize bruxelles
Stop camera pub pkl stephanize bruxelles ©© BAUWERAERTS DIDIER

La société Clear Channel a installé 10 écrans tactiles avec webcam intégrée. De quoi inquiéter les défenseurs de la vie privée.

C’est à la fois confuse et choquée que Céline Delforge, députée bruxelloise Ecolo, nous raconte sa découverte : "J’attendais mon tram à l’arrêt Louise quand je me suis approchée des écrans publicitaires LED. Tout à coup, j’ai vu quelque chose de bizarre dans le montant. En le prenant en photo, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de l’objectif d’une caméra qui n’était pas indiquée."

Très récemment, Clear Channel a en effet installé dix écrans tactiles munis d’une caméra dans les quartiers les plus fréquentés de la Ville de Bruxelles (Louise, Toison d’Or, place Stéphanie, Sablon, Musée Magritte, rue Neuve, De Brouckère et Gare Centrale).

"L’objectif est d’interagir avec le passant de façon ludique lors d’actions spécifiques", explique Michel Jadoul, directeur marketing de la société. L’homme l’assure : les caméras ne sont pas encore activées et aucun logiciel n’a encore été installé. "Nous avons mis en place cette possibilité pour pouvoir la proposer à la commune ou aux annonceurs lorsqu’ils en feront la demande", indique-t-il.

Pas question donc, a priori, de se livrer à du eye tracking, une technique de marketing destinée à analyser le regard des badauds, et encore moins d’enregistrer les images. "Le jour où l’on activera ces caméras, les personnes en seront averties. Il ne s’agit pas de les filmer à leur insu", précise le directeur, avant de comparer la méthode à celle utilisée dans les grands magasins : "Ce sera un peu comme quand on se voit dans les télévisions en présentation."

Reste que pour les personnes régulièrement en contact avec ces écrans publicitaires, le dispositif pose question en matière de respect de la vie privée. "Quelle confiance peut-on accorder à des sociétés privées ? Clear Channel n’a pas hésité à installer ses panneaux en toute illégalité avenue Louise et les autorités publiques n’ont rien fait. Par ailleurs, quelle garantie a-t-on que ces images ne seront pas utilisées à d’autres fins, comme le neuromarketing ?", s’interroge Céline Delforge.

L’élue Ecolo pointe également un autre problème, plus vaste. "Quelle image donne-t-on du public des transports en commun ? Des chaires à publicités, des proies destinées à acheter des choses dont ils n’ont probablement pas besoin ?", s’énerve-t-elle.

Ce lundi, certains Bruxellois ont d’ores et déjà tenu à manifester leur désapprobation quant à ces nouvelles méthodes publicitaires en apposant des affichettes sur les abribus.

Polémique à Bruxelles: Des caméras dans les panneaux publicitaires
©D.R.

Un cas inédit pour la législation

Si depuis 2007 une loi fédérale fixe à la fois les conditions d’installation et d’utilisation des caméras de surveillance, notamment dans l’espace public, rien n’indique les mesures à adopter dans le cadre d’une caméra à but récréatif. Dans ce texte, les caméras visées sont en effet définies comme tout système d’observation fixe ou mobile dont le but est de prévenir, de constater ou de déceler les délits contre les personnes ou les biens, les nuisances ou de maintenir l’ordre public, et qui, à cet effet, collecte, traite ou sauvegarde des images.

À l’avenir, un avis de la Commission de la protection de la vie privée permettra sans doute d’éclairer la situation. "Nous avons toute une équipe de juristes en interne pour veiller au bon respect de la législation applicable", tient d’ores et déjà à rassurer Michel Jadoul, directeur marketing de Clear Channel.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be