75 millions € pour restaurer le Conservatoire de Bruxelles, dans un état lamentable depuis 20 ans !

L'introduction de la demande de permis unique est prévue pour la fin de l'année. Si elle est approuvée, le Conservatoire aura fait peau neuve en 2028.

Belga
75 millions € pour restaurer le Conservatoire de Bruxelles, dans un état lamentable depuis 20 ans !
©BAUWERAERTS DIDIER

Toiture rongée, planchers troués, frissons d'hiver et vapeurs d'été appartiendront bientôt au passé du Conservatoire royal de Bruxelles. Les bureaux d'architectes chargés de la rénovation de ce joyau du patrimoine belge ont présenté mercredi la dernière mouture de ce projet initié en 2018 et qui devrait finalement se conclure une décennie plus tard. L'image est éloquente: la ministre fédérale Karine Lalieux, le secrétaire d'État Mathieu Michel, le Bruxellois Pascal Smet, le Flamand Ben Weyts et le Wallon Frédéric Daerden posent côte-à-côte devant la maquette du futur bâtiment, après un travail laborieux d'entente à tous les niveaux de pouvoir.

"J'enseigne depuis 40 ans au Conservatoire royal de Bruxelles et, il y a 20 ans, nous signalions déjà avec mon collègue néerlandophone du KCB (Koninklijk Conservatorium Brussel, l'institution soeur néerlandophone, NDLR) l'état alarmant du bâtiment. Aujourd'hui, une étape cruciale a été franchie", s'est réjoui Frédéric de Roose, directeur du CRB. Une décrépitude tellement avancée qu'elle a d'ailleurs inspiré à ses étudiants une exposition photo intitulée "CRBeurk", visible jusqu'à jeudi.

Outre le délabrement général, les classes et locaux de répétition se font trop étroits pour le bon millier d'étudiants et les 400 enseignants du CRB et du KCB. Une rénovation de fond en comble s'imposait donc pour cet édifice de la fin du 19e siècle, "presque aussi vieux que la Belgique", note M. de Roose, et ses maisons de la rue aux Laines remontant pour certaines au 17e siècle. Dans la nouvelle configuration, celles-ci abriteront une "guest house", des loges pour les artistes qui se produisent en concert dans la Grande salle et les fonctions administratives des deux rôles linguistiques.

Restauration des parties anciennes et nouvelles constructions se mêleront harmonieusement dans une démarche respectueuse du patrimoine architectural et de l'environnement. Le nouveau bâtiment accueillera une salle de musique de chambre, une autre de répétition, des master classes, ainsi qu'une remise à vélos et un espace de stockage souterrains. Les archives, qui débordent des rayonnages, y bénéficieront de nouvelles facilités. Six jardins nourriront calme et biodiversité, tandis qu'une terrasse panoramique parera le toit de l'édifice. L'éclairage d'ambiance en soirée et l'ouverture de certains porches en journée créeront du lien avec la rue, tandis qu'un passage entre la rue aux Laines et celle de la Régence permettra aux étudiants et professeurs de circuler plus librement d'un bâtiment à l'autre. Un ascenseur à piano fera voyager le lourd instrument dans les diverses salles de concert et de répétitions.

75 millions € pour restaurer le Conservatoire de Bruxelles, dans un état lamentable depuis 20 ans !
©BAUWERAERTS DIDIER
75 millions € pour restaurer le Conservatoire de Bruxelles, dans un état lamentable depuis 20 ans !
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75 millions € pour restaurer le Conservatoire de Bruxelles, dans un état lamentable depuis 20 ans !
©BAUWERAERTS DIDIER

Élèves, corps enseignant et habitants du quartier sont appelés à découvrir le projet complet au cours de deux séances d'information ce mercredi.

Le coût total s'élève à 75 millions d'euros, financés par les communautés flamande et francophone (20 millions chacune), la Régie des bâtiments (20 aussi) et le maître d'ouvrage public bruxellois Beliris (15 millions). L'introduction de la demande de permis unique est prévue pour la fin de l'année. Si elle est approuvée, le Conservatoire aura fait peau neuve en 2028. Le prestigieux orgue Cavaillé-Coll sera quant à lui démonté au printemps 2023 pour être restauré.

"Voici venu un moment que nous attendions tous", a déclaré le secrétaire d'État fédéral chargé de la Régie des bâtiments. "Ce dossier s'est enlisé mais, finalement, tant la Flandre que la Fédération Wallonie-Bruxelles se sont accordées, avec un dernier coup de pouce de Beliris", a ajouté Mathieu Michel, saluant au passage la patience des occupants du lieu.

Beliris est venu "débloquer une situation budgétaire difficile", a noté la ministre fédérale de tutelle, Karine Lalieux. "Nous sommes heureux de répondre tous ensemble aux espoirs légitimes des deux directeurs et des milliers d'artistes passés par le Conservatoire royal de Bruxelles." "La rénovation du conservatoire est une ambition que je porte personnellement depuis 15 ans, comme ministre flamand de l'Enseignement à l'époque et comme secrétaire d'État bruxellois en charge du Patrimoine actuellement. C'est finalement une belle coopération, c'est vrai, mais je pense que ça peut aller un peu plus vite pour les autres projets", a répondu, blagueur, Pascal Smet.

Le ministre flamand de l'Enseignement a pour sa part mis l'accent sur les investissements du nord du pays "pour un enseignement néerlandophone de qualité à Bruxelles". "Ceci passe par de bonnes infrastructures", a poursuivi Ben Weyts, taclant au passage l'état désastreux du bâtiment.

"Que les travaux commencent vite!", a conclu Frédéric Daerden, en charge de Wallonie-BruxellesEnseignement.

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