Comment l’ING Marnix, iconique siège de la banque sur la petite ceinture, sera rénové sans avoir l’air d’y toucher

Le siège bruxellois d’ING, tout le monde connaît.  L’emblématique édifice voulu par le baron Lambert dans les années 50 va muer. Mais la rénovation sera discrète. De quoi inspirer la Région pour dans la protection du patrimoine d’après-guerre. 

Julien Rensonnet

C’est une des façades les plus iconiques de Bruxelles. Et pour cause: ses 8 étages de béton blanc aux centaines d’ouvertures rectangulaires rythmées de charnières métalliques regardent passer chaque jour les milliers de voitures sur la petite ceinture. Qui depuis 2014, le voient briller dans la nuit avec ses illuminations LED.

Ce bâtiment, c'est le siège bruxellois de la banque ING.Ce fleuron du modernisme d'après-guerre va faire l'objet d'une rénovation de fond en comble pour atteindre les standards écologiques les plus exigeants. Mais pas de panique: l'idée n'est pas de faire table rase du génie architectural de son créateur Gordon Bunshaft."On veut maintenir l'impact visuel du site dont l'idée vint au baron Lambert juste revenu d'un voyage aux États-Unis", rassure Peter Adams, CEO d'INGBelgique. "Il avait été très impressionné par le travail de Bunshaft à New York et a saisi l'opportunité de l'incendie de sa banque en 1956 pour ériger ce nouveau siège de la BBL". Ce dernier est inauguré en 1963.Léon Lambert s'installe dans le penthouse, au sommet, où il expose une partie de sa collection d'art.

Comment l’ING Marnix, iconique siège de la banque sur la petite ceinture, sera rénové sans avoir l’air d’y toucher
©A2M – Moreno Architecture - ING / Ennio Cameriere

La rénovation du bâtiment de l’avenue Marnix, protégé depuis 2021, se marquera par une "ouverture sur la ville", vantent les têtes pensantes du bancassureur néerlandais. "

On revient à l’entrée principale sous le bâtiment, via le parvis, comme l’imagina Bunshaft",

dévoile Daniel Heuzel, directeur du département immobilier d’ING

."À la rotonde, l’actuelle entrée rue du Trône, on supprime l’allée conçue pour les voitures comme dépose-minute. On crée un puits entre 0 et -1.De quoi ouvrir 10.000m2 du bâtiment à la lumière"

. Cet espace lumineux n’est pas réservé aux employés et aux clients:

"s’y implanteront un restaurant, une salle de conférences, un espace d’exposition"

. Conséquence: l’ING Art Center de la place Royale sera moins sollicité.

Un rooftop de plus pour Bruxelles

Dans le même mouvement, une connexion plus marquée sera tissée vers la suite du "H". Cette annexe, composée des "Marnix II" et "Marnix III", date des années 90. "Depuis ce puits de lumière, on pourra aussi accéder à la toiture", reprend Daniel Heuzel. "Ce rooftop végétalisé deviendra un lieu de rencontre et s'ouvrira au public lors d'événements". Enfin, volonté existe de relier le Marnix au parc en contrebas, à l'arrière, également propriété de la banque."On y travaille avec la commune d'Ixelles". Après rénovation, le Marnix "obtiendra deux certifications les plus exigeantes en matière de durabilité", s'enthousiasme Daniel Heuzel.

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©A2M – Moreno Architecture - ING

Concrètement, dès 2023, le siège d'ING deviendra donc passif."Pour atteindre cette neutralité CO2, on attaquera la façade pour remplacer les châssis.On y combinera les technologies les plus à la pointe pour la création de chaleur et d'électricité". De plus, le nouveau blanc absorbera les particules fines. Ce projet conçu par les architectes de A2M – Moreno Architecture fera passer le site de 3.000 tonnes de CO2 émises annuellement à "500 ou 600 tonnes, soit 80% des émissions actuelles.Le reste sera compensé par des achats de certificats verts", détaille le responsable immobilier.

Et les noctambules peuvent dormir sur leurs deux oreilles: les illuminations ne s’éteindront même pas pendant le chantier.

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©A2M – Moreno Architecture - ING

Déjà 40.000 édifices d’après-guerre enregistrés

La rénovation du Marnix d'ING est emblématique de la politique de conservation que Pascal Smet entend mener pour le patrimoine bruxellois d'après-guerre."Les bâtiments modernistes arrivent à la fin de leur cycle d'existence", plaide le Secrétaire d'état au Patrimoine (one.brussels). "Nous ne voulons pas reproduire les erreurs du passé comme celle de la Maison du Peuple d'Horta".

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©Ennio Cameriere

Ainsi urban.brussels a-t-elle lancé un inventaire du patrimoine moderniste et postmoderniste de la capitale.Au-delà de l'aspect patrimonial, Smet entend ainsi "être clair dès le début d'un processus de vente lorsqu'un bâtiment est en droit d'être protégé".Sans geler le béton: "Mon but n'est pas qu'on ne puisse plus toucher aux bâtiments.Ils doivent vivre. Les interventions se feront en respectant le passé". Certains immeubles seront classés. L'inventaire doit être bouclé fin 2023.

Traumatisme

Pas évident. "D'abord parce que la seconde partie du XXe siècle, c'est il y a deux minutes à peine en architecture.Ensuite, parce que le modernisme a causé un traumatisme à Bruxelles car il a parfois remplacé d'autres styles", reconnaît Géry Leloutre, de la fac d'architecture de l'ULB qui accompagne le processus.

40.000 bâtiments d'après-guerre ont été mis sur carte via un processus participatif. "C'est énorme", avoue le spécialiste. "Pour objectiver leur valeur, on consulte les archives et revues d'architecture de l'époque". De quoi apprécier l'impact qu'a eu sa construction.

Comment l’ING Marnix, iconique siège de la banque sur la petite ceinture, sera rénové sans avoir l’air d’y toucher
©Ennio Cameriere

Parmi les critères retenus, le professeur pointe la réaction au modernisme par "un retour au style".C'est le cas du City2, postmoderniste. Autre critère: l'intérêt des grands ensembles, "surtout en 2e couronne". Il y a évidemment des "œuvres architecturales": la CBR à Boitsfort par Brodzki, l'église Saint-Martin de Ganshoren par Jean Gilson ou la piscine en acier signée Isgour à Woluwe-Saint-Lambert. Ou des "types spécifiques" comme la place Communale de la même commune. Des lieux iconiques comme la station Alma, la Royale Belge ou l'ancienne CGEr ne passeront pas sous les radars. "Enfin, il y a ces maisons bruxelloises qui ont l'air banal mais qui jouent avec le contexte, l'alignement des îlots…", termine Géry Leloutre."Comme des plans orthogonaux dans des rues qui ne le sont pas".

Le contraire d’un schieven architek, quoi.

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