Comment réinventer les abords des écoles de Bruxelles ? "Elles peuvent devenir le cheval de Troie contre la résistance au changement"

Trop de monde, trop de trafic, pas de vert ni de bancs : les parvis d’écoles font peine à voir à Bruxelles. Un guide sort pour améliorer ces abords scolaires. De quoi faire rêver directions motivées et associations de parents militantes.

Julien Rensonnet
Comment réinventer les abords des écoles de Bruxelles ? "Elles peuvent devenir le cheval de Troie contre la résistance au changement"
©Julien Rensonnet

17h.Le soleil de juin écaille la peinture de la barrière qui protège l’école Saint-Antoine, à Forest. Assises dessus, entre un bac de plantes aromatiques et une fresque, quelques dames de l’équipe éducatives se réjouissent."La semaine prochaine, on va installer des dispositifs pour empêcher les dépôts clandestins le long des murs". Dans leur dos, on pourrait presque voir sourire l’écolier tubulaire coloré qui fait mine de traverser entre deux haies épaisses, pour alerter les automobilistes qui s’approcheraient trop vite.

Ce parvis scolaire (photo ci-dessous) est cité comme un "bon élève" dans le guide "Réinventer les abords d'écoles". Tout beau, tout chaud, rempli de passages piétons surélevés, d'agoras de bois de récup, de balançoires, de racks à vélo et de plantes grimpantes, ce vademecum a de quoi rendre jaloux n'importe quel parent d'élève bruxellois.Goupillé par perspective.brussels , il servira de mine d'or aux directions et collectifs pour mettre la pression sur les pouvoirs publics.

Comment réinventer les abords des écoles de Bruxelles ? "Elles peuvent devenir le cheval de Troie contre la résistance au changement"
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Surchargé

"La caractéristique des abords d’écoles bruxelloises, c’est celle d’un espace surchargé", note l’urbaniste Louison Cuvelier, qui a piloté le guide pour le Service École de perspective.brussels."Ils réunissent des publics nombreux et spécifiques à certaines heures. Ils partagent des besoins identiques en matière de sécurité routière, de mobilité, de qualité de vie, de ludicité". Christophe Mercier, coauteur du guide pour le bureau d’architecture Suède 36, abonde: "La socialisation sur ces espaces va bien au-delà de l’école, des enfants qui jouent et des profs qui fument leur clope.Certains parents y font du business.Ou deviennent amis pour la vie".

Pourtant, ces lieux publics collectionnent les mauvais points."Absence de barrière ou de chicane vers la traversée piétonne, encombrement de la vision des automobilistes, surpeuplement, absence de mobilier, environnement minéral, sec et triste", se dépite Christophe Mercier. L’architecte en est cependant certain: "l’école peut se muer en cheval de Troie contre la résistance au changement dans la mobilité ou la verdurisation. Il ne faut pas oublier qu’avant 18 ans, on ne conduit pas. Il faut donc pouvoir arriver à l’école autrement.Il en va de l’autonomie des enfants".Et de conseiller, malicieux: "surtout, ne jamais parler de “test”.Dans cette ville terriblement réactionnaire qu’est Bruxelles, ça risque d’indiquer que le retour en arrière est possible". L’architecte sait de quoi il parle: Suède 36 était à l’origine de

l’expérience Walking Madou, qui avait repeint en jaune les grands axes tennoodois

en bordure de petite ceinture, générant crispations et procession d’Echternach.

Quick win

Concrètement, le guide chapitre les interventions envisageables sur 4 axes: sécurité, convivialité et accessibilité, verdure et environnement sain, et enfin identification reconnaissable. "Ces interventions ne doivent pas se limiter au parvis d’école, mais peuvent s’étendre à la rue et au quartier", prévient Louison Cuvelier. "Elles recensent aussi des opérations quick win, rapides et peu coûteuses".De quoi permettre aux directions et communes de marquer quelques points sans trouer le budget."L’idée est aussi de réfléchir à l’intégration des écoles dans leur environnement.D’où certaines idées proposant des win-win pour le quartier, leur ouvrant les infrastructures d’écoles", relève Antoine de Borman, directeur de Perspective. "Ce guide, c’est à la carte: pas question d’imposer une vision stricte".

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Rues ludiques, plateaux surélevés, balancelles (comme à l'école N°13 rue Wayez à Anderlecht, ci-dessus) potagers collectifs, auvents contre la drache, béton teinté, bancs gradins, noues foisonnantes, portails artistiques, fresques au sol… Feuilleter ce guide, c’est l’assurance d’une pêche miraculeuse."Mais la base de la base, c’est le parvis", tempère Christophe Mercier. "On l’évalue à 30m. Ce sont 5 voitures à enlever, voire moins, sans quoi les parents débordent sur la rue matin et soir.Il faut empêcher l’accès direct à la rue par une barrière. Sur celle-ci, on peut peindre des fresques ou cultiver des fraises".Ces bacs, pas chers et rapides à installer, "permettent aussi d’enseigner: la récup, le jardinage…" De quoi rejoindre les prescrits en termes de verdurisation.

Rouge

Bien sûr, la rue scolaire, dispositif temporaire en entrée et sortie d'école, est aussi vivement conseillée. "On en compte 28 à Bruxelles, pour 33 écoles", relèvent Les Chercheurs d'Air.Il n'y en avait qu'une seule en 2017. Il reste cependant de la marge pour atteindre les 800 établissements de la capitale. Sans parler d'une piétonnisation définitive comme rue de la Braie, dans le centre de Bruxelles (ci-dessous). À défaut, travailler sur l'identification des abords d'école est une piste à suivre. "C'est le plus difficile", reconnaît Christophe Mercier. "On bannit la pieuvre mauve et les panneaux moches de quand j'étais petit, style "Nos enfants jouent, roulez prudemment". Nous pensons que le rouge est la meilleure couleur. Elle est indémodable et associée à l'alerte.On peut en peindre un mobilier récurrent à toute la région. Les petits bonshommes moyennement kitschs, qui traversent, fonctionnent bien.Les enfants les adorent: ils ressemblent aux smileys".

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Enfin, Christophe Mercier met des barrières au tout sécuritaire. "Les enfants ne sont pas suicidaires. Ils ne se jettent pas sous les voitures. Il faut leur faire confiance. Même s’il y aura toujours des parents qui veulent rentrer en voiture jusque dans la classe".

+ AILLEURS | Téléchargez le guide depuis le site de perspective.brussels



Bruxelles "en retard"

D’après Christophe Mercier, du bureau Suède 36, Bruxelles "est en retard" tant au niveau mobilité qu’espace public."Je dirais qu’on ressent un frémissement depuis 4 ou 5 ans, avec le vélo qui commence aussi à se populariser", remarque l’architecte. Pourquoi un tel retard? "Ceux qui sont censés défendre politiquement l’évolution n’y arrivent pas: les bourgmestres sont trop proches de la population.S’ils prennent une mesure de mobilité, ils se font engueuler dès qu’ils font leurs courses". Solution? "D’avantage de distance entre population et décideurs". Et le regard de se tourner vers la Région.

Des parvis scolaires "non genrés"

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C’est un constat connu désormais: les cours de récrés comme les autres espaces urbains sont d’abord conçus par et pour les hommes. Le terrain de sport est ainsi la fausse bonne idée par excellence."Il est exclusivement utilisé par les mecs entre 15 et 30 ans", souligne l’architecte.Que faire dès lors pour obtenir un parvis scolaire "non genré", où fillettes et garçonnets se mêlent sans s’exclure?"On peut réinventer le terrain de sport. Avec un panier de basket de différentes hauteurs et direction, un terrain de foot courbé à 3 goals, des surfaces bosselées…" En quittant le domaine des ballons, "les jets d’eau fonctionnent à merveille, les salons urbains aussi avec gradins, tableaux noirs, grandes tables, meubles mobiles.On peut aussi concevoir des bancs multi-usages, intégrant le pique-nique et l’escalade, des toboggans…"

Subventions et contrats écoles

Pour l'aménagement des abords scolaires, Bruxelles Environnement prévoit tout un tas d'accompagnementsà destination des écoles .Les appels à projets pour l'année scolaire 2022-2023 sont ouverts jusqu'au 17 juin 2022.Une offre existe aussi chez Bruxelles Mobilitépour concevoir des Plans de Déplacement Scolaires . Les communes enfin peuvent être appuyéesdans leurs actions pour le climat avec des subsides pouvant atteindre 150.000€.

Par ailleurs, la Régiona lancé ses " contrats écoles " depuis 2018 .Ces programmes de rénovation urbaine pilotés par perspective.brussels permettent des interventions lourdes semblables à celles des contrats de quartier. Ils sont dotés d'une enveloppe globale de 10 millions pour 2 ans."16 écoles situées dans des quartiers prioritaires ont jusqu'ici bénéficié du dispositif", compte Louison Cuvelier.

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