Homes bruxellois : une infirmière pour 120 résidents

Anciaux Sylvain
residence sainte Gertrude
©JEAN LUC FLEMAL

S. est infirmière au home Sainte-Gertrude, situé au cœur des Marolles. Comme 70 % du personnel, elle occupe le poste depuis plus de 25 ans. Elle a vu les conditions de travail au sein du home public dégénérer au fil de sa carrière. Sa collègue, A., fait le même constat. Aujourd'hui, elles n'en peuvent plus. "Une infirmière pour faire un tard (de midi à 20 heures, NdlR), c'est impossible, expliquent-elles. Il y a parfois des résidents qui restent sans surveillance."

Le CPAS bruxellois confirme : une infirmière pour 120 patients, c'est tout à fait possible que ça arrive ; et c'est même plutôt normal. "Les normes sont imposées par Iriscare, explique Raphaël Kremer, directeur général des maisons de repos bruxelloises. Ces normes sont établies en fonction de la patientèle." En clair, plus les résidents sont autonomes, moins il y a de personnel médical. "La norme ne répond pas du tout aux besoins. Elle n'a plus évolué depuis des années", s'inquiète Amandine Kodeck, directrice d'Infor-Homes.

C'est le cas pour le home Sainte-Gertrude, "qui est toujours 30 à 50% au-dessus des quotas fixés par Iriscare", assure Kremer. Si l'infirmière est systématiquement accompagnée d'au moins deux aides soignantes, et que des kinés, éducateurs ou ergothérapeuthes sont disponibles, S. et A. assurent qu'il est impossible de bien faire son travail, même avec ces quotas.

Pénurie d’infirmières

De base, l'équipe des infirmières est composée d'une douzaine d'éléments. Seulement voilà, depuis février et un conflit mêlant la direction à des travailleuses, dont les syndicats se sont mêlés, cinq d'entre elles sont écartées, dont quatre toujours actuellement. Le home Sainte-Gertrude est alors contraint de faire appel à des intérimaires, sans pour autant garantir une efficacité. "Il arrive que l'infirmière qui travaille durant le shift de fin de journée ne voie pas arriver l'infirmière de nuit et est obligée de rester la nuit." Ce qui fait donc, parfois, 16 heures d'affilée, seule, pour 120 résidents. Raphaël Kremer rejette la faute sur la pénurie qui sévit actuellement, "si une infirmière se présente demain, je l'embauche".

Du côté de la CGSP, on réclame plus de personnel de terrain, et moins de paramédical, ou du moins une autre collaboration entre les deux services. "Il faut parfois aller porter des prises de sang à l'hôpital Saint-Pierre, juste à côté, explique une infirmière. Elles ont déjà fini dans l'évier parce que personne ne pouvait ou ne voulait les y amener."

Pour les infirmières, c'en est trop. "Mes enfants m'ont toujours dit que je plaçais le travail avant eux. Je n'ai jamais compté mes heures pour ce travail. C'est regrettable, mais c'est vrai. " Le CPAS a reçu récemment l'opportunité de recruter plusieurs infirmiers, 36 nous dit une source, sans pouvoir le prouver pour autant. Raphaël Kremer confirme avoir reçu un budget, mais n'en dit pas plus. En attendant, les infirmières des Marolles estiment n'avoir pas vu de nouvelles collègues définitives et à temps plein.

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