Diego chute du 2e étage à Molenbeek, une famille menacée : "j’ai peur qu’on me retire mes enfants"

Samedi soir, Diego chute du deuxième étage de son habitation de Molenbeek. Sa mère craint désormais qu’on lui retire la garde. "Ça me ferait baisser les bras. Pourtant, je suis une mère qui se bat."

S.A.
Diego chute du 2e étage à Molenbeek, une famille menacée : "j’ai peur qu’on me retire mes enfants"
©Ennio Cameriere

La soirée de samedi dernier commençait dans la joie et la bonne humeur pour Nancy, son mari et ses six enfants, à Molenbeek. Au programme : "Allumer le feu" de Johnny au karaoké. "C'est une chanson que Diego adore", confie la maman.

Et puis surgit une dispute banale entre Diego et un autre membre de la fratrie qui met fin à la soirée karaoké. Le garçon de neuf ans se retrouve à l'étage, alors que son grand frère, Arno, est à la cuisine, qui donne vue sur le jardin. Un cri. Nancy raconte, "Maman, maman, il est tombé !"

Diego, qui est passé par la fenêtre, s'est pourtant directement relevé après cette chute, miraculeusement amortie par des poubelles sous la fenêtre. Il a marché, même, jusqu'à la porte de la cuisine où il s'est alors affalé sur le carrelage. "Maman, maman, je vois tout blanc, j'ai mal, arrête", gémit-il à sa mère qui lui fait du bouche-à-bouche, par instinct maternel. La violence du choc lui a perforé le poumon. Nancy pleure, "ce qui l'a sauvé, ce sont les poubelles. C'est un superhéros, mais sans les poubelles, il serait mort".

Le petit est resté conscient, bon gré mal gré, jusqu'à l'arrivée de l'ambulance et de la police que la mère tient à remercier, "ils ont bien pris soin de moi, ils m'ont rassurée".

Précarité dangereuse

Nancy et ses six enfants sont en situation précaire, elle le reconnaît. Une précarité exacerbée par un autre drame familial. Il y a quelques années, la maison familiale a été ravagée par les flammes et depuis, rien n’est plus pareil. Cette précarité rend l’éducation plus difficile pour les deux parents, qui sont suivis par les services sociaux, dont le service d’aide à la jeunesse (SAJ).

Trois jours après l'accident, Nancy n'avait toujours rien avalé, rongée par le stress et la tristesse. "Je n'ai plus d'appétit, je pleure et ses pleurs me font pleurer. J'ai peur qu'on me retire mes enfants. Ça me ferait baisser les bras. Pourtant, je suis une mère qui se bat."

Nancy est suivie par le service d'aide aux victimes et la psychologue de l'UZ Gent où est hospitalisé Diego. Ces services la rassurent : pour l'instant, la priorité, c'est le bien-être physique de Diego et le bien-être mental de la famille. "Je ne dis pas que mes enfants ne doivent pas être suivis. Ils ont besoin d'aide ", concède la mère. Mais sa méfiance envers les services d'aide à la jeunesse persiste. "J'ai peur qu'ils utilisent ce drame et notre malheur contre nous. Ce serait dégueulasse", lâche-t-elle, larme à l'œil, son dernier bambin dans les bras.

Diego chute du 2e étage à Molenbeek, une famille menacée : "j’ai peur qu’on me retire mes enfants"
©D.R.

De son côté, le service d'aide à la jeunesse ne peut pas communiquer sur ses dossiers. Mais il précise que le SAJ agit sur base volontaire, et que rien n'est fait sans l'accord de la famille. Néanmoins, si le service estime que "l'enfant est en danger grave, le conseiller transmet la situation au procureur du Roi", qui citera la famille à une audience du tribunal de la jeunesse, qui pourrait se solder par une contrainte.

Jeudi après-midi, le drain dans le poumon de Diego a été retiré. Sa famille, impatiente, l'attend à la maison sans avoir de date de retour. "La maison est déserte depuis. Mes enfants sont du genre bruyants. Depuis samedi, c'est le silence."

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