La fabrique d'église préfère vendre cinq logements à un privé qu'au CPAS, un collectif y investit une famille

Dans les Marolles, la fabrique d'Eglise Saints-Jean-et-Etienne-aux-Minimes s'apprête à vendre cinq logements à un privé, alors que le CPAS avait fait une offre similaire, pour y faire des logements d'urgence.

Sylvain Anciaux
La fabrique d'église préfère vendre cinq logements à un privé qu'au CPAS, un collectif y investit une famille
©Ennio Cameriere

"Attention au promoteur privé, c'est l'homme dangereux par excellence. Ce sont eux qui s'emparent de la Ville." C'est ce qu'on peut lire, ce vendredi pluvieux de septembre, au numéro de 12 de la rue de la porte rouge, en plein coeur des Marolles. Cette citation de Jacques Van Der Biest, déployée sur un drap par le collectif du même nom. Ironie du sort, l'Abbé oeuvrait au sein de la fabrique d'Eglise Saints-Jean-et-Etienne-aux-Minimes, propriétaire des lieux, qui a préféré vendre cinq maisons de la rue à un promoteur privé, alors que le CPAS bruxellois avait fait une offre quasiment semblable pour y installer des logements d'urgence aux plus démunis.

La fabrique d'église préfère vendre cinq logements à un privé qu'au CPAS, un collectif y investit une famille
©Ennio Cameriere

Pour contester contre la vente, dont ils affirment qu'elle amplifiera le phénomène de gentrification en cours dans le quartier, les membres du collectif Van Der Biest y installent une famille comptant cinq enfants, arrivée en Belgique il y a 18 mois, et expulsée le jour même par un marchand de sommeil de Laeken. "Est-il normal que la fabrique d'église privilégie quelques euros de plus, plutôt que d'aider le CPAS à réaliser sa mission d'aide et de relogement des plus vulnérables ?", s'interroge le collectif militant. De son côté, la fabrique d'église rappelle d'abord qu'elle n'est pas censée faire du social, et qu'il lui semble normal, "en bon père de famille", de privilégier l'offre du plus offrant. "C'est un concours de circonstances, justifie la secrétaire, Lusin Cetin. La fabrique était contrainte de vendre afin de faire des travaux et acquérir d'autres biens." Et de rappeler que le CPAS bruxellois s'est manifesté tardivement sur un potentiel achat. "On leur a tout de même proposé de se positionner plusieurs fois", mais jamais à hauteur du privé.

Le politique impuissant pour le moment

L'action du collectif Van Der Biest vise aussi à interpeller le pouvoir public. "Le gouvernement bruxellois a la possiblité de refuser la vente. Le but, c'est d'interpeller Rudi Vervoort (PS), pour qu'il refuse. Il peut le faire au nom de l'intérêt général." De son côté, le cabinet du Ministre-Président réfute ce pouvoir, "mais on ne peut que regretter que la fabrique d'église ait fait le choix d'avoir vendu au plus offrant. D'autant plus que le CPAS avait tout de même fait une offre supérieure à l'évaluation." Et d'annoncer qu'un périmètre de préemption, permettant aux pouvoirs publics d'avoir la priorité sur les promoteurs privés dans ce genre de cas à l'avenir, arrive. La révision du code de l'aménagement du territoire passera en deuxième lecture d'ici la fin de l'année.

La fabrique ne cautionne pas l'occupation

Souad, la mère de famille qui compte cinq enfants, dont une handicapée pour qui ces changements sont insupportables, se dit soulagée de ne pas dormir à la rue. Elle exhorte le monde politique à l'aider, elle ainsi que les personnes dans une même situation, à trouver un logement fixe. "J'essaye de masquer ma tristesse, mon mari aussi, mais pour mes enfants, c'est très difficile." Si Lusin Cetin, de la fabrique d'église, garantit qu'elle n'expulsera pas la famille et se dit ouverte au dialogue, elle "ne cautionne pas du tout cette occupation. Il y a quand même cinq enfants, un expert a pointé des problèmes de sécurité. C'est une responsabilité que la fabrique d'église n'a pas les moyens d'assumer." Et de déplorer qu'un dialogue préalable n'ait pas été entamé avec le collectif Van Der Biest.

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