Umengo, l’app de rencontre des amoureux du bénévolat

86 % des Belges souhaiteraient devenir bénévoles. Mais vers qui se tourner ? Et comment calibrer ses heures offertes avec sa vie professionnelle et familiale, ses aspirations et ses expertises ? Pour ne pas vous retrouver les mains dans la terre si votre truc, c’est le clavier, trouvez la mission de vos rêves sur Umengo. Ce 5 décembre, journée mondiale du bénévolat, on rencontre le fondateur de cette app de rencontre des amoureux de la générosité.

Julien Rensonnet
Maxime Fouache, fondateur de l'app dédiée au bénévolat Umengo.
Maxime Fouache, fondateur de l'app dédiée au bénévolat Umengo, estime que les heures offertes par les Belges devraient être mieux réparties. Sa technologie doit permettre aux associations de gagner du temps et de l'argent. ©Julien Rensonnet

En Belgique, il s’offre 228 millions d’heures de bénévolat par an. 1 million de Belges s’y consacrent. Et ces chiffres pourraient gonfler. “86 % des Belges ont envie de se mettre au bénévolat mais ils ne savent pas où s’adresser. Ça décourage”, pointe Maxime Fouache sur base d’une enquête qu’il a lui-même menée. “Dans le même temps, les associations dépensent un tiers de leurs ressources pour recruter des bénévoles. Les plus petites vont même jusqu’à… engager des bénévoles pour trouver des bénévoles !”

17 objectifs

Pour ne plus que le serpent se mange la queue, Maxime Fouache a créé Umengo avec son collègue Éric Voyron. L’application fonctionne comme un site de rencontre entre candidats bénévoles et associations. Lors de votre inscription, vous mentionnez les causes qui vous parlent. Celles-ci correspondent aux 17 objectifs de développement durable de l’UNESCO (soit réduire la pauvreté, la faim, les inégalités entre les sexes, la crise climatique…). Vous décrivez aussi vos expertises (accueil d’enfant, jardinage, programmation, langues…) et indiquez enfin vos disponibilités horaires et lieux privilégiés. “Ensuite, y a plus qu’à attendre”, résume le fondateur. C’est en effet l’association qui vous enverra une notification lorsqu’une offre de mission correspond à votre profil. Même si vous pouvez aussi postuler comme sur un site de petites annonces.

Maxime Fouache, fondateur de l'app dédiée au bénévolat Umengo.
Lors de votre inscription sur Umengo, vous entrez vos disponibilités, votre zone d'activité souhaitée, les domaines dans lesquelles vous voulez travailler et vos capacités. ©Julien Rensonnet
guillement

Les missions les plus fréquentes, c'est le télébénévolat. Traduction, mise à jour de base de données, programmation web... Ces tâches permettent de donner son temps sans sacrifier son confort: on peut le faire devant Netflix.

Lancée publiquement en juillet 2022, Umengo réunit plus de 200 bénévoles et 47 associations ce 1er décembre. “Ma fierté, c’est d’avoir suscité 1.500 heures de bénévolat sur la plateforme”, se félicite Maxime Fouache. Les missions proposées sont variées : cours et ateliers pour les seniors, collectes de cheveux à recycler en salons de coiffure, gardes d’enfants durant la consultation de leurs parents toxicomanes dans un centre contre les assuétudes, entretien d’un refuge pour chats, repas pour les réfugiés, service au bar dans une salle de concerts ou encore kiné nocturne sur un trail de bienfaisance. “Les missions les plus fréquentes, c’est le télébénévolat”, détaille le Bruxellois. “Comme de la traduction, de la mise à jour de base de données, de la programmation web, du storytelling… Ces tâches permettent de donner son temps sans sacrifier son confort : on peut le faire devant Netflix”.

On le comprend : Umengo doit aider un secteur associatif belge qui pèse 5 % du PIB, “soit autant que le secteur de la construction”, mais qui peine à garder la tête hors de l’eau. L’app côté assos permet déjà la gestion de calendrier, le monitoring des bénévoles, une petite cote attribuée à chacun… “Rapidement, on voudrait les libérer du poids administratif en offrant en ligne la signature de contrats, des formations par questionnaires, la consultation de diplômes…” Une ambition facilitée par le passé de Maxime Fouache dans le secteur pharmaceutique, où ce biologiste “optimisait les processus”.

Après sa démission, le Bruxellois de 31 ans a appliqué ses formules aux associations. “Je voulais leur faire gagner de l’argent et du temps à l’avantage de leurs bénéficiaires”. L’homme ne se leurre pas : “mon sentiment, c’est que le bénévolat est une aberration. Il ne devrait pas exister. Les assos devraient payer du personnel”. Utopie. Alors dans l’attente, Umengo œuvre à mieux répartir la tâche. “À raison de 2h par mois, il faudrait… 62 millions de bénévoles pour réaliser le travail du million actuel. Et dans ceux-là, certains prennent plus cher que d’autres : la moyenne est de 4,5h par semaine. C’est colossal. Alors moi, j’en voudrais 10 millions, des bénévoles”.

Faire payer les entreprises ?

Reste l’épineux dossier du modèle économique. Pour l’instant, Umengo reste gratuit. Deux options sont étudiées. Qui ne comprennent pas la formule abonnement de son concurrent Give a Day. La première serait de faire payer les associations contre des heures de bénévolat dénichées.

“Nos calculs, c’est que la recherche de bénévoles leur coûte entre 4 et 5€ de l’heure. Dans une fourchette de 2 à… 35€ ! L’idée : un jeton de 8 heures à 8€, sécable et à prix dégressif”. Cible : 5 % des heures de bénévolat belge.

L’autre option mise sur le privé. “Plutôt que du social-washing de plus en plus en vogue dans les entreprises pour séduire les jeunes talents qui veulent du sens, on voudrait proposer aux boîtes de créer des profils sur Umengo”. Le personnel s’inscrirait alors au calendrier d’action de son employeur. Pour que ça marche, Maxime Fouache plaide pour un modèle à la française. “En France, l’employeur peut défiscaliser le salaire d’un employé qui se livre au bénévolat durant ses heures, de 60 à 75 %”. Les entreprises verseraient donc une part de ce bonus à Umengo. Faire gagner de l’argent au privé tout en lui permettant de se faire une image sociale : éthique ? “BXL Refugees, ils ont besoin de 80 bénévoles par jour pour servir leurs repas aux réfugiés bruxellois. Pour eux, peu importe d’où viennent les bénévoles. Et puis sans ça, l’employeur n’accepterait jamais le bénévolat pendant les heures. On va tester la formule en France. Tout le monde serait gagnant. Et si ça prend, l’heure de bénévolat facturée aux assos pourrait descendre à 20 centimes”.

Maxime Fouache, fondateur de l'app dédiée au bénévolat Umengo.
Maxime Fouache, fondateur de l'app dédiée au bénévolat Umengo, estime que les heures offertes par les Belges devraient être mieux réparties. Sa technologie doit permettre aux associations de gagner du temps et de l'argent. ©Julien Rensonnet
guillement

En 2019, avant le covid, les Belges enquillaient 3h30 de loisirs devant l'écran chaque jour: qu'est-ce qu'on fout chaque jour devant la télé de 19h à 22h?!

In fine, Maxime Fouache espère convaincre les travailleurs de s’y mettre le soir, les week-ends ou les congés. “On peut y prendre goût. Difficile de rester individualiste et raciste quand on sert des repas aux sans-papiers avec ses collègues de bureau. Le citoyen doit reprendre le contrôle. Repartir en quête de sens. On a trop sacralisé le confort. En 2019, avant le covid, les Belges enquillaient 3h30 de loisirs devant l’écran chaque jour : qu’est-ce qu’on fout chaque jour devant la télé de 19h à 22h ? !”

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