Frontex entrera bientôt en mission dans les aéroports, les ports, et la gare du Midi, "ça montre la difficulté d'engager des policiers"
Les agents de Frontex agiront en collaboration avec la police. PS et Ecolo ont voté pour, le vote a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi.

- Publié le 02-05-2024 à 21h29
- Mis à jour le 03-05-2024 à 09h51
Il y aura, de l'avis de tous les députés qui ont pris la parole ce jeudi à la Chambre, un avant et un après le texte voté en séance plénière du parlement. Frontex, l'agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes, sera désormais autorisée à se déployer sur le territoire belge. Une première, puisqu'elle est normalement missionnée pour surveiller l'accès à l'Europe via la Méditerranée ou les frontières de l'Est notamment à l'aide de sulfureux, critiqués et liberticides "push-backs", des refoulements illégaux d'embarcations de migrants parfois mortels.
Concrètement, sur le sol belge, la centaine (maximum) d'agents de Frontex déployée sur le territoire national sera cantonnée à la gare du Midi, aux aéroports et aux ports. Les collaborateurs de l'agence seront armés d'une arme d'un calibre de neuf millimètres, de matraques et de spray incapacitant. Point crucial, débattu et pas clairement précisé par la ministre Verlinden (les articles 5 et 8 laissant un flou), Frontex agira en permanence sous la supervision d'un agent de police qui prendra le relais une fois qu'est établi le constat que la personne contrôlée est en séjour illégal.
Dès lors, à quoi serviront ces agents ? En séance plénière, Vanessa Matz (Les Engagés) estime que ce texte "cache difficilement la défaillance du gouvernement belge d'engager des policiers". La députée centriste est rejointe dans son hypothèse par deux collègues de gauche, Eva Platteau (Groen) et Hervé Rigot (PS).
Aveu d'échec pour le PS et Ecolo
Une gauche qui, dans ce dossier, est dans ses petits souliers. En commission, les écologistes et socialistes ont voté pour le projet de loi. "Ce texte n'aurait pas dépareillé sous la Suédoise, mais il est porté par la Vivaldi", souligne François De Smet (Défi). Même constat pour Nabil Boukili (PTB) qui a mis en garde ses collègues socialistes et écologistes. "Soit vous respectez vos valeurs et vous vous opposez à ce projet de loi, soit vous les trahirez." Les Engagés, Défi, le PTB et même la N-VA (estimant de son côté que ce texte n'allait pas assez loin et qu'il fallait des frontières extérieures plus étanches) se sont opposés.
En coulisses, un socialiste admet que le vote favorable à ce texte fait partie d'un deal avec le CD&V (parti de la ministre portant ce projet, Annelies Verlinden et de la Secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, Nicole de Moor) en échange des voix sur le remboursement de frais de logopédie au tarif social. "On parlait là d'un enjeu pour des dizaines de milliers de Belges." Des dizaines de milliers de Belges qui avaient donc peut-être, aux yeux des élus, un poids plus conséquent que les dizaines de militants anti-Frontex venus perturber le premier mai du Parti Socialiste et d'Ecolo, ce mercredi à Bruxelles. Ni l'appel d'Amnesty International, de la Ligue des Droits Humains, du Ciré, du CNCD-11.11.11 ou des syndicats notamment appelant la Vivaldi ("un des pires gouvernements que nous ayons connus sur les questions migratoires"), ni les campagnes de mails envoyés aux députés n'auront suffi à faire changer d'avis l'aile gauche du gouvernement jusqu'au débat.
Simon Moutquin, député écologiste, reconnaissait ce jeudi avoir "un devoir d'honnêteté envers nous-même, c'est un échec". Bien qu'il ait rappelé qu'Ecolo ait pesé dans la balance pour obtenir la fin de l'enfermement des enfants, une meilleure protection des femmes victimes de violences ou une augmentation des places d'accueil, "jamais dans ce parlement nous avons le courage de porter le débat de la migration autour de la régularisation".
Le vote a eu lieu peu après minuit à la Chambre. 68 voix pour, 11 contre et 44 abstentions, dont celles de Khalil Aouasti et Hervé Rigot côté PS. Pour Écolo, quatre députés se sont abstenus.