Le gouvernement bruxellois a décidé de décider… dans deux ans


Dans l'art de ne pas s'attaquer au cœur du problème, le gouvernement bruxellois vient de faire fort.

Suite à la problématique (connue) de l'impossibilité, en l'état, de déployer le réseau de téléphonie mobile 4G dans la capitale, le gouvernement actuel, comme le met justement au jour L'Echo, vient de décider de… ne pas décider.

En optant pour une prolongation jusqu'en 2015 du régime transitoire actuel, qui place la limite de la norme d'émission des antennes téléphoniques bruxelloises à la sévérissime norme de 3 volts/mètre, la coalition au pouvoir vient en effet de signer pour la continuation du blocage - absurde - du développement de la 4G à Bruxelles, pour encore deux ans. Précisons toutefois que le projet est actuellement soumis pour avis au Conseil d'Etat. Il doit en core être avalisé.

Si tel est le cas, les opérateurs auront jusqu'à octobre 2015 pour adapter leurs antennes aux normes bruxelloises.

Ce n'est donc ni la proposition d’ordonnance de la Ministre de l'Environnement Evelyne Huytebroeck (qui proposait de scinder l'émission en deux pots, l'un pour le 2G/3G, l'autre pour le 4G), ni celle du chef de file du MR bruxellois Vincent De Wolf (qui militait pour une approche des émissions cumulative, comme ailleurs dans le pays) qui ont été retenues, mais un vague reportons à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui. Et le dossier, encore, de situer Bruxelles, Carrefour de l'Europe, au croisement de toutes les moqueries.

Pour rappel, la 4G, évolution notable de l'actuelle norme de réseautage 3G/3G+, dopera la vitesse de surf mobile et diminuera drastiquement la latence. Actuellement très modestement déployée en Belgique (par le seul Proximus dans certaines villes belges, Mobistar est toujours en phase de test sur Anvers tandis que Base espère toujours avoir quelque chose à annoncer en 2013), la population, avec raison, saisit, à ce stade, assez peu son importance. Les terminaux sont par ailleurs aussi rares que les réseaux 4G mûrs. Mais, à l'avenir, avec un confort de connexion semblable à une bonne connexion Wi-Fi domestique, la 4G jouera un rôle crucial dans l'utilisation du Web mobile, sur smartphones comme tablettes.

Vincent De Wolf, très prompt à voler dans les plumes de sa rivale sur le dossier, n'a pas trainé à réagir, vivement : « Cette décision est un aveu d’échec majeur pour le gouvernement et Evelyne Huytebroeck, sa ministre de l’Environnement; c’est dire, après pourtant de nouvelles auditions au Parlement, nous ne sommes pas capables de gérer ce dossier, la prochaine majorité devra s’y atteler !", déplore le chef de groupe MR. Didier Gosuin, chef de groupe FDF au Parlement bruxellois, n'en pense pas moins. Regrettant notamment "l'incompétence du gouvernement bruxellois", qui "au lieu de résoudre les problèmes et de prévoir des solutions durables, postpose des décisions qu’il faudrait prendre maintenant". "Ecolo et le gouvernement veulent simplement gagner du temps et refiler ensuite la patate chaude au prochain gouvernement. Quelle façon d’agir !"

Ambiance…


"M. De Wolf entretient la confusion", dit Evelyne Huytebroeck

La ministre bruxelloise de l'Environnement, Evelyne Huytebroeck (Ecolo), plaide pour que chacun reste serein dans le dossier de la 4G à Bruxelles.

Réagissant aux propos de Vincent De Wolf, elle considère que le chef du groupe MR au parlement bruxellois "entretient la confusion".

"M. De Wolf entretient la confusion. Il mélange deux choses", dit la ministre.

Et d'expliquer que le gouvernement bruxellois a en effet prolongé de deux ans le moratoire adopté pour permettre aux opérateurs d'adapter leurs réseaux d'antennes 2 et 3G à la norme de 3 V/m. Mais, ajoute-t-elle, cela ne signifie pas qu'on reporte la recherche d'une solution pour la 4G.

Elle rappelle que pour trouver une solution pour la 4G, il a été décidé d'ouvrir un large débat au parlement "afin d'avoir la plus large adhésion possible". "Le parlement a décidé d'organiser des auditions qui viennent de se terminer. M. De Wolf le sait très bien puisqu'il participe aux travaux", a encore indiqué la ministre qui insiste sur le fait qu'il faut une solution "qui préserve la santé des habitants".

"Dans ce dossier, il faut rester serein et ne pas jeter de l'huile sur le feu", insiste Mme Huytebroeck.

© La Dernière Heure 2013