"Origine raciale/ethnique : choisir une des réponses suivantes : hispanique, blanc (personne originaire d’un peuple autochtone d’Europe, du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord), noir (personne originaire d’un peuple noir d’Afrique) ou afro-américain, asiatique, […] deux races ou plus." Sabrina n’en revient toujours pas.

Récemment, elle a voulu postuler pour un emploi proposé par Bruxelles Prévention et Sécurité. Cet emploi est diffusé via la plate-forme régionale talent.brussels, sur laquelle elle se rend, à l’instar de milliers de demandeurs d’emploi bruxellois, pour entamer le test en ligne.

"Après quelques questions relatives à mon identité, je crée un mot de passe pour accéder et tombe sur le questionnaire en tant que tel, explique-t-elle. Là, avant les questions directement liées à la proposition d’emploi, on me demande mes origines ethniques et raciales. On voit clairement que ce test constitue une traduction littérale d’un questionnaire anglosaxon (où la question de l’origine ethnique est bien moins taboue qu’à Bruxelles, NdlR). Mais c’est assez déstabilisant. On se demande si l’on doit vraiment répondre à ce genre de question." Une fois la réponse donnée, Sabrina a pu passer le test.

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L’administration régionale talent.brussels n’avait pas connaissance de cette question sur les origines ethniques. Et assure n’avoir "jamais reçu, stocké ou utilisé les réponses à cette question". "Talent a immédiatement demandé à SHL (Saville and Holdsworth Limited, NdlR), le prestataire, de retirer la page concernée de la plateforme." Ce qui a été fait le 25 mars, soit "le jour ou talent.brussels a découvert son existence."

Cette question est donc restée sur le questionnaire de SHL pendant un peu plus d’un mois, les premiers tests avec ce prestataire ont été lancés à la mi-février, explique encore le cabinet du ministre en charge du dossier Sven Gatz (Open-VLD).

Par ailleurs, le contrat qui lie l’administration régionale à la société SHL stipule clairement "que les tests devaient être neutres et objectifs. […] Il s’agit d’un template utilisé par SHL qui s’est glissé dans un test organisé par talent.brussels par erreur et a été retiré depuis. Talent.brussels s’excuse pour les éventuels désagréments."

La députée libérale Françoise Schepmans, qui a levé le voile sur cette erreur, déplore que des chercheurs d’emploi aient été confrontés à ce questionnaire. "À l’heure où l’on parle de CV anonymes pour lutter contre les discriminations à l’embauche, interroger des candidats sur leurs origines, dites raciales, est évidemment problématique, s’indigne-t-elle. Ce questionnaire est apparemment une traduction littérale de tests autorisés dans certains pays, mais l’agence régionale bruxelloise aurait dû vérifier minutieusement la méthode de testing de SHL."