Les communes bruxelloises mettent toutes un service solidaire pour leurs seniors, habitants isolés et fragilisés. Molenbeek-Saint-Jean fut la première à lancer une telle initiative. Reportage, dans le respect le plus strict des mesures d'hygiène.

Les communes bruxelloises s'organisent pour venir en aide à leurs seniors et habitants les plus précarisés. Woluwe-Saint-Lambert vient de diffuser un folder invitant les personnes âgées, isolées et/ou vulnérables à s'adresser au service communal de l'action sociale au 02.761.27.07 s'ils/elles souhaitent se faire livrer des repas à domicile. Sur Woluwe-Saint-Pierre, il faut remplir un formulaire en ligne et détailler ses besoins. Tandis que la commune d'Evere a elle aussi mis un numéro de téléphone de contact - 0499.867.356, 7 jours sur 7 de 9h à 18h - pour les personnes ayant besoin de conseils, de livraisons de repas, courses, etc. 

Si toutes les communes ont mis en place un tel système, c'est à Molenbeek-Saint-Jean que ce type d’organisation solidaire a été mis en place en premier. Voici dix jours, un folder renseignant un numéro d'appel a été distribué à 40 000 exemplaires sur le territoire communal à l'initiative de la bourgmestre Catherine Moureaux. A l'hôtel communal, cinq à six personnes reçoivent les demandes par téléphone, qu'elles relaient aux bénévoles sur le terrain. L’initiative, dépasse déjà les frontières communales. Les bénévoles distribuent en effet vivres et médicaments sur Koekelberg, dans les quartiers. Tandis que plusieurs non-résidents molenbeekois ont offert leurs services en tant que bénévole.

Une trentaine d'appels par jour. Et cela n'arrête pas d'augmenter.

En fonction depuis une dizaine de jours, la procédure est bien rodée. Masque fait maison sur le visage, Catherine Streels répond aux appels des Molenbeekois dans le besoin. Selon la demande, elle active le réseau de bénévoles prêts à intervenir sur le terrain. Cette salle de l’hôtel communal de Molenbeek-Saint-Jean constitue le coeur de la plateforme d’entraide mise en place par la bourgmestre et la Maison des cultures voici une dizaine de jours. Ici, quatre à cinq personnes résolvent les problèmes des habitants confinés à cause de la pandémie de COVID-19. L’ambiance est calme, posée. Chacune, masque sur le visage, connaît les procédures, répond avec attention.

© BAUWERAERTS DIDIER

"Chacune d’entre nous reçoit une bonne trentaine d’appels par jour et cela augmente chaque jour", explique-t-elle. "La plupart du temps, les gens - surtout des personnes âgées moins au fait de la situation - ont besoin de nourriture ou de médicaments. L’autre grande partie des appels provient de personnes vivant seules, inquiètes de la situation. Certaines ne se sentent pas bien, d’autres ne savent pas si elles peuvent sortir, etc. En cas de problème médical, on les dirige vers leur médecin de garde ou vers le numéro d’appel COVID-19. Pour le reste, nous nous fions aux consignes du centre de crise."

Le call-center molenbeekois reçoit encore de nombreux appels d’infirmières à domicile en manque de matériel médical, donc des masques mais pas seulement. Là, la commune ne peut pas faire grande chose. Face au manque de clarté des consignes du centre de crise, l’équipe du call-center use de bon sens. "Une fois, une dame me demande si elle peut aller jardiner dans son petit jardin situé à Jette. Une autre me demande simplement si elle peut ouvrir la fenêtre, une 3e voulait savoir si son fils, qui habite Laeken, peut lui rendre visite pour faire une promenade… Notre première réponse ? Respectez le confinement. Après, nous nous référons aux consignes du centre de crise."

L’équipe doit parfois faire face à des situations urgentes, "comme cette dame qui n’avait plus rien à manger du tout".


Sur le terrain, une centaine de bénévoles prêts à intervenir. "Et des gens se manifestent pour aider tous les jours." Masques sur le visage, Ahlam et Insaf Najmi réceptionnent les repas qu’elles vont ensuite distribuer, à pied, dans le quartier du Scheutbos. Menu du jour, préparé par l’équipe du restaurant social Les uns et les autres : blanquette de veau, pommes vapeur, potage aux lentilles, corail et lait de coco. Toutes deux sont membres de l’ASBL La rue. "Quand on a lu l’appel à bénévoles via le toutes-boites, on n’a pas hésité", explique Insaf. "Via notre ASBL, on aidait déjà des personnes sans abri. Ici, c’est un peu pareil", poursuit-elle avant d’entamer une promenade d’une à deux heures, alors qu’Ahmed part lui, en vélo cargo, vers le Karreveld.

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Masque sur le nez et mains gantées, Zahoui distribue quant à lui ses plats le long du canal. Première halte au pied d’un immeuble récent avec vue sur le canal. Zahoui appelle Monique, qui ne descendra jamais, malgré un timide "j’arrive" au téléphone. "C’est une première", s’étonne-t-il. Après quelques minutes d’attente, il décide de poursuivre son chemin. Le menu de Monique finira à la poubelle, les règles d’hygiène sont en effet particulièrement strictes. "On doit à tout prix éviter de leur transmettre quoi que ce soit. Et l’on distribue aussi à des personnes suspectées d’avoir contracté le COVID-19. On ne doit donc pas avoir de contact avec les personnes", explique ce livreur bénévole adepte de la marche à pied.

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"On dépose le menu au pied de l’entrée et on téléphone à la personne, qui descend le récupérer. On échange quelques mots et puis je poursuis ma tournée. Ici, le sac plastique a touché le sol. Je ne peux pas le remettre dans le caddie avec les autres menus. Il finit donc à la poubelle." De même, les bénévoles ne peuvent pas toucher les sonnettes. Tandis que lorsqu’ils font des courses pour les personnes en besoin, il n’y a aucun échange d’argent. "Nous travaillons avec plusieurs commerçants qui acceptent de ne pas être payés immédiatement. Ils envoient la facture à la commune, qui les paie. Le ‘client’ rembourse ensuite la commune." Il n’y a ainsi aucun contact de main à main ni même via carte de banque. La commune manque d’ailleurs de commerçants molenbeekois participants. Avis aux commerçants molenbeekois, l’appel est lancé.

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