Qui dit vrai ? Qui dit faux ? À l’heure actuelle, cela n’a plus que peu d’importance, puisque Omar et sa fille handicapée seront peut-être à la porte du logement fin mars. Le locataire de l’Agence Immobilière Sociale (AIS) a été déménagé dans ce logement il y a quatorze mois. À son arrivée, il refuse de signer l’état d’entrée des lieux à cause de l’humidité présente dans le bien. “Toutes mes affaires qui étaient dans mes cartons étaient fichues, pourries par l’humidité” se plaint-il, et l’humidité des lieux lui aurait même provoqué une hypertension oculaire, selon lui. “Je suis allé voir l’ASIS, on m’a dit que si je n’étais pas content, je pouvais aller chercher ailleurs.” Seulement voilà, l’ASIS (l’AIS schaerbeekoise) l’accuse d’être responsable de l’humidité, et cherche à l’expulser.

Les experts se contredisent

L’expulsion devait avoir lieu ce 26 janvier, mais a finalement été reportée à deux mois, notamment grâce à l’intervention du syndicat des locataires. Son secrétaire général, José Garcia, juge “inadmissible que l’AIS, qui a un rôle social, utilise des trucs et astuces de bailleurs privés”. Dans les faits, l’agence immobilière a convoqué la Dirl (Direction de l’Inspection Régionale du Logement), et celle-ci est d’avis de dire que Omar est responsable de l’état actuel du bien, là où l’expert envoyé par le syndicat des locataires dit le contraire. Le locataire et son syndicat ont fait appel, mais il y a de grandes chances qu’ils ne soient pas fixés avant le 26 mars, date de l’expulsion, et se retrouvent donc sans logement.

© D.R.

Du côté de l’ASIS, on souligne des problèmes relationnels avec le locataire, notamment une agression physique (après l’annonce de la procédure d’expulsion), alors que le syndicat des locataires fait état d’un homme qui “a toujours été réglo” et parle d’une agression verbale. Le président, Guillaume Le Mayeur, “regrette cet évènement, qui est exceptionnel et regrettable” mais estime ne plus avoir le choix, l’agence avançant de nombreux problèmes relationnels et de gestion avec le locataire, y compris dans des biens précédents, ce que conteste encore le syndicat.

Les revendications du syndicat des locataires

Omar ne jugeant plus son domicile habitable, il l’a quitté avec sa fille il y a quelques jours. Ce sera le jugement en appel (puisqu’un jugement ordonnant l’expulsion a été rendu en septembre) qui déterminera l’issue du dossier. En attendant, le syndicat des locataires revendique toujours l’interdiction des baux de courte durée (moins de trois ans) pour les AIS, des préavis motivés, un encadrement social en cas d’expulsion, et l’interdiction d’exécuter le jugement en cas d’appel, l’instauration d’une trêve hivernale, comme pour les biens communaux ou régionaux. “Il n’y a aucune raison que les locataires de logements sociaux soient protégés, mais pas ceux des AIS” déclare José Garcia.

Sylvain Anciaux