Grâce à l’association TADA, Abdullah est aujourd’hui à l’université. Rencontre.

Des cours donnés bénévolement le week-end par des professionnels prêts à partager leur passion pour leur métier à des jeunes de 10 à 14 ans. C’est le concept de TADA (ToekomstATELIERdelAvenir), un réseau d’apprentissage qui implique le citoyen et le monde de l’entreprise dans l’émancipation et l’intégration des jeunes socialement vulnérables. Abdullah Amezian fait partie des premiers jeunes à avoir participé au projet. "Le plus gros coup de pouce de ma vie", estime-t-il.

"Le problème dans notre système éducatif, c’est qu’on demande à des enfants, parfois dès dix ans, de décider quel métier ils veulent faire. Mais à cet âge-là, on n’en a aucune idée ! Moi à l’époque, je voulais devenir Pelé." Avec TADA, Abdullah visite une caserne de pompiers, découvre les services de cardiologie et de secourisme de l’hôpital Brugmann, rencontre des politiciens et… des policiers.

"Dans les quartiers, on n’a pas une très bonne image de la police, nos rapports ne sont pas très bons. Participer à ce projet m’a permis de rencontrer un policier dans un autre contexte et de comprendre qu’il avait un travail à faire et qu’il n’était pas là que pour nous embêter. Ça a changé mon regard sur plein de professions, on ne se rend pas toujours compte de tout le travail qu’il y a derrière !"

Abdullah a grandi dans un quartier à proximité du parc Maximilien. "Je ne pense pas que notre origine sociale nous empêche de réussir. Mais le quartier est un milieu très fermé, on ne se mélange pas beaucoup. Et on a besoin d’être irréprochable pour réussir. Sauf que les points à l’école ne suivent pas toujours et que ça en amène beaucoup à décrocher." Outre le talent et les compétences individuelles, le jeune Bruxellois croit beaucoup en l’importance de l’entourage. "Je pense que ce sont les gens autour de nous qui définissent en grande partie qui on est : si on est avec de bonnes personnes, on fera en sorte d’être quelqu’un de bien. Quand on a de mauvaises fréquentations, on se laisse plus facilement tenter par le deal et la violence."

Heureusement, Abdullah tient à s’entourer de positivité. Quand le projet TADA passe dans son école, il saisit ce qu’il voit comme une belle opportunité. Il est alors en cinquième primaire. Pendant trois ans, il acceptera de réduire ses séances de football et de jeux vidéo pour participer aux ateliers. "On avait rendez-vous les samedis de 11 h à 14 h 30. C’est dur de donner son week-end pour une deuxième école mais au final, c’est tellement bénéfique, analyse-t-il aujourd’hui. Ça m’a permis de vivre des choses que je n’aurais pas vécues autrement, de m’ouvrir à la société et aux autres."

Alors qu’il est en cinquième primaire, ses professeurs lui proposent de passer en sixième. "J’avais des facilités à l’école mais je n’étais pas sûr de vouloir sauter une année. C’est pas facile de se retrouver avec des plus grands. Mais TADA m’a poussé à y aller et, aujourd’hui, je ne regrette pas ce choix !"

À désormais 17 ans, Abdullah est aujourd’hui le premier alumni TADA à être entré à l’université. Il poursuit un bachelier en sciences économiques appliquées à la VUB et a brillamment réussi sa session de janvier. "À la base, j’étais timide et réservé. TADA m’a permis de m’ouvrir. Je vise un master en business international. Et puis, j’ai toujours voulu être prof, pour transmettre mon expérience aux autres."

Un travail qu’il réalise déjà en retournant dans les classes pour inviter les jeunes à s’inscrire au projet TADA. "C’est une chance à saisir !"