BRUXELLES BABELLE - Une opinion de Mustafa Uner Sari, ex-économiste diplômé de l’UCL, ex-administrateur et animateur de l’ASBL de la Maison des Turques à Liège

NDLR : avec Bruxelles Babelle, la rédaction bruxelloise de La DH-Les Sports+ ouvre ses sites web et les colonnes de son journal aux contributions externes volontaires et bénévoles, sur des thèmes qui concernent la région capitale. Plus de détails à la fin de cette opinion.

Monsieur le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort

Je ne suis pas en colère. Je revendique mon droit et devoir de l’être pour ne pas me taire et pour manifester mon indignation profonde avec des mots devant votre refus de reconnaître la responsabilité du parti socialiste en général, et du parti socialiste bruxellois en particulier, dans l’enfermement et le maintien des citoyens d’origine turque dans des ghettos - comme celui de Saint-Josse, par exemple - ainsi que dans le développement, en ces lieux, du communautarisme (isolationniste) fascisant poussé à son paroxysme.

Je revendique ce droit, ici et maintenant, parce que je souhaite partager avec vous les réflexions de Michel Schneider concernant une forme pernicieuse de crime et l’art de faire courir le mensonge qui, répété mile fois, se transforme en foi, comme disait Goebbels, redoutable propagandiste, acolyte d'Hitler (1). "Le refus de reconnaître ses fautes", dit Michel Schneider, "est le plus grand crime intellectuel selon l’épistémologue Karl Popper, et Freud estimait que le crime ne commençait psychiquement qu’avec l’effacement de ses traces car on s’approprie son acte. Alors comme l’inconscient, le mensonge court toujours." (2)

De fait, Monsieur le ministre-président, pour expliquer les causes de la situation qui accable actuellement Monsieur Emir Kir, député-bourgmestre socialiste, vous auriez souligné, lors de vos voeux à la presse le 14 janvier courant, la nécessité d’un "travail collectif" dans "la société turque" en ces termes : "Plus largement je reste convaincu que cela reste un travail collectif de la société turque qui doit plus s’ouvrir à la réalité bruxelloise."

Cela ne se résume pas à Emir Kir, même si c’est clair qu’il est le plus emblématique. (3) En pensant que vous auriez peut-être voulu parler de "la communauté turque" à Bruxelles et non de "la société turque" en Turquie, je partage votre analyse à une différence près que je résumerais comme suit : j’en conviens avec vous que la situation en question "ne se résume pas à Emir Kir". Pas du tout. Mais cela revient-il à dire que le parti socialiste n’y soit pour rien, comme vous voulez nous faire croire ? Pour le dire encore avec les mots de Michel Schneider (4), pour vous protéger et protéger les vôtres, vous sembliez vouloir, par votre déclaration, réécrire l’histoire en parlant "comme un analyste-maître, c’est-à-dire pervers, qui nous prend (intègre, NDLR) dans l’histoire du parti socialiste en racontant qu’elle est la nôtre - celle de la société turque - et nous impose ses désirs en laissant croire que lui n’en a aucun."

En effet, Monsieur le Ministre-Président, si j’étais à votre place, j’aurais dit que la situation en question "ne se résume pas à Emir Kir". Mais que "cela reste un travail collectif", notamment, du parti socialiste et de ses élus d’origine turque qui doivent cesser de considérer les ghettos, à l’instar de celui de Saint-Josse, comme leur territoire conquis, leur réservoir des voix électorales stables, qu’il faut protéger de toute intervention étrangère, pour ne pas dire de toute agression ennemie : en protéger les frontières invisibles soigneusement encadrées de l’extérieur, savamment administrées à l’intérieur par des groupes d’intérêt allant des marchands ambulants du paradis jusqu’aux Etats en passant par des politiciens, commerçants et financiers parfois véreux et, surtout, peu soucieux des gens concernés. Ceux-là mêmes que j’ai combattus durant quarante ans en Belgique comme en Turquie.

Ici, je ne souhaite pas, à nouveau, exposer les preuves de mes "accusations" marquant un point important dans l’histoire de l’importation dans notre pays des "bras forts d’origine turque". Je me réserve le droit et le devoir de le faire le jour où vous les contesteriez. Comme je le fais par ailleurs dans un livres que je rédige péniblement. Et, n’ayant ni la volonté ni le désir de briser votre silence coutumier - le plus cruel des mensonges, pire que ce qu’il couvre - je vous transmets la présente par courriel et par pli postal recommandé avec accusé de réception pour que vous ne disiez pas, demain, que vous ne l’aviez reçue.

Dans l’attente de vous lire, je vous prie de recevoir, Monsieur le ministre-président, l’expression de mes sentiments d’indignation que je me permets de juger légitimes.

(1) Paul Quintin, "La propagande politique", Plon 1945, p. 37.

(2) Michel Schneider, "Big Mother. Psychopathologie de la vie politique", Editions Odile Jacob, 2002, p. 31.
(3) La Libre Belgique, le 15 janvier 2020, p.11.
(4) Michel Schneider, op.cit. p. 22.

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