Bruxelles Comparutions immédiates : vol et bagarre à la Bourse jugés en deux mois.

Un procureur du Roi et un président de tribunal qui tendent des perches à un prévenu sans avocat pour qu’il plaide une peine de travail pour lui-même : la scène est cocasse mais représente bien, finalement, l’esprit de la 67e chambre correctionnelle du tribunal de Bruxelles. On y juge des dizaines d’affaires chaque mois en comparution immédiate. Une manière de répondre rapidement à la commission d’un délit, qui n’a pas nécessité d’enquête approfondie.

Ce matin-là, sous le regard attentif d’une classe d’étudiants, deux prévenus tentent de minimiser leur implication dans un vol et des coups et blessures au détriment d’un passant, en fin de nuit, à deux pas de la Bourse, à Bruxelles. Les faits remontent à trois semaines.

La victime a vu fondre sur elle un jeune homme, puis un second. Selon lui, ils ont tenté de lui piquer son GSM et son étui à cigarettes. Mais les garçons se sont vu opposer une résistance certaine : coups de parapluie assénés par le passant, coups de raclette arrivés en renfort par un employé d’un snack voisin qui nettoyait avant de fermer boutique. Les jeunes ont répliqué. Balayage, coups et... interpellation par une patrouille de police.

S’ensuivirent plusieurs auditions dans les locaux de la police, trente heures de cachot en garde à vue et une invitation du parquet de Bruxelles à comparaître rapidement devant un juge.

Et pas n’importe lequel : le médiatique et charismatique président Luc Hennart, le verbe haut, la parole libre, a le profil pour, tantôt amener la touche d’ironie nécessaire - "ça doit être traumatisant pour vous de voir un GSM subitement sauter de la poche d’un passant pour atterrir dans vos mains !" -, tantôt durcir le ton - "J’ai deux innocents devant moi ! C’est toujours comme ça ici : c’est de la faute des autres" - tantôt se montrer piquant - "Vous êtes moins idiot qu’il n’y paraît" - ou moralisateur - "Quand on est adulte, on ne se chamaille pas, on ne va pas à la fight, on ne réagit pas : on s’en va!" -, tantôt vulgarisateur du jargon judiciaire.

Car évidemment, il est question de droit. Les prévenus et leurs avocats se défendent, les victimes réclament justice et surtout, le parquet qui a cité les acteurs à comparaître réclame les sanctions qu’il juge adéquates : des peines de prison, parfois avec sursis, des peines de travail, une médiation...

Les deux jeunes Bruxellois debout devant le juge, l’autre matin, ont semblé prendre la mesure de ce qu’ils risquaient quand, alors que papa et maman étaient dans la salle d’audience, le procureur du Roi Denis Goeman a requis une peine de deux ans de prison pour l’agression de la Bourse. L’un n’a aucun antécédent judiciaire, l’autre bosse dans une ASBL au service des personnes âgées. Ils seraient tout heureux d’écoper d’une peine de travaux d’intérêt général "qui n’apparaît pas au casier judiciaire", comme leur a glissé subtilement le président Hennart. Son jugement tombera deux mois après les faits.