Cura devrait, dès 2020, collaborer avec le CPAS de Schaerbeek afin de s’occuper d’une partie des bénéficiaires plus âgés.

"Vous avez du courrier aujourd’hui", annonce Pauline Dubois, fondatrice de Cura, en entrant dans le petit appartement de résidence de Christiane Ravescot. Habituée à ces visites régulières, Christiane sait ce qu’elle a à faire. Elle a d’ailleurs consciencieusement préparé sa farde de documents et les chocolats à offrir à son invitée.

À 86 ans, cette ancienne sage-femme a été l’une des premières clientes à bénéficier des services de Cura. À la mort de son mari il y a trois ans, Christiane s’est retrouvée débordée par la montagne de paperasse qu’elle devait gérer. "Je travaillais beaucoup comme sage-femme et pendant toute ma vie, c’est mon mari qui a géré l’administratif. Il faisait ça très bien d’ailleurs (rires) . Une fois qu’il est décédé, j’étais complètement perdue. Et puis j’ai rencontré Pauline", explique-t-elle. En trois ans, Cura a permis à Christiane de gérer ses comptes et son courrier, d’aller à ses rendez-vous médicaux, mais aussi d’aller porter plainte à la police quand cette dernière s’est fait arnaquer par la directrice de la résidence où elle vivait.

Assurer en long et en large l’accompagnement des personnes âgées, c’est l’ADN même de cette jeune entreprise. Depuis 2016, Cura propose un service personnalisé pour chacun de ses clients. Ce projet, nous explique Pauline Dubois, est parti d’une expérience personnelle. "Mon grand-père a été en quelque sorte mon premier client. Je lui rendais souvent visite et je me suis rendu compte que lui et ma grand-mère n’arrivaient plus à suivre toutes les démarches administratives. J’ai aussi constaté qu’il y avait des abus de la part de certaines sociétés privées. Mon grand-père s’est par exemple retrouvé à payer le wi-fi, alors qu’il ne savait même pas ce que c’était."

Après avoir fait le tri dans la vie de ses grands-parents, Pauline décide finalement d’en faire son métier. Trois ans plus tard, son entreprise Cura compte un réseau de 12 indépendants aussi appelés curanizers présents dans les communes d’Uccle, Saint-Gilles, Forest, Etterbeek, Auderghem, Woluwe-Saint-Pierre, Evere et prochainement dans le Nord de Bruxelles. Dès 2020, l’organisation privée devrait également collaborer avec le CPAS de Schaerbeek, afin de prendre en charge une partie des bénéficiaires plus âgés.

"Aujourd’hui, notre force est notre connaissance de l’administration bruxelloise. On sait ce que nos clients ont le droit de faire, de réclamer, etc. On est un peu comme les médecins généralistes de l’administratif, on n’est spécialisés en rien mais on les guide et on a une vision globale des besoins des seniors", explique Pauline. Concrètement, Cura offre cinq services : aide à la gestion administrative, accompagnement et gestion du quotidien, adaptation du lieu de vie, préparation au futur et "dossier de vie". Une manière de lutter contre l’isolement des personnes âgées tout en conservant leur autonomie.

Après une première visite gratuite, si le client décide de continuer, le curanizer devient alors une personne de référence qu’il payera 50 euros l’heure. "C’est aussi l’avantage de Cura. Nos clients se tournent toujours vers la même personne. On est très flexibles, on mêle l’administratif, le privé et l’humain."

"Contrer la précarité et la solitude", Sophie Querton (Libéraux schaerbeekois), présidente du CPAS de Schaerbeek

Alors que la jeune entreprise Cura grandit à Bruxelles et en Wallonie, elle commence également à être approchée par les pouvoirs publics, qui voient en elle une solution complémentaire pour l’aide aux seniors. C’est le cas par exemple à Schaerbeek, où la présidente du CPAS Sophie Querton (Libéraux schaerbeekois) a proposé à Cura de s’occuper d’une partie de ses bénéficiaires. "L’idée est de pouvoir offrir ces services à des bénéficiaires qui ne sont pas en mesure de se le payer", explique la présidente. "On parle très peu de la précarité de la solitude, très présente chez les personnes âgées. Très souvent des seniors arrivent au CPAS avec des nombreuses dettes non réglées et se retrouvent dès lors avec des sommes astronomiques à devoir rembourser. Je pense que Cura peut casser ce cercle vicieux en apportant un aspect préventif dans l’aide aux personnes âgées. Cette organisation permet d’empêcher ce genre de débordement. Là où nos employés sont parfois débordés et ne peuvent pas toujours tout gérer à la fois."

Sophie Querton voit dès lors Cura comme une aide complémentaire aux services apportés par le CPAS. "Nous faisons un travail de première ligne, mais Cura peut venir combler certains manques importants."