Bruxelles Le film À travers la fenêtre évoque le quotidien de cette cité souvent en proie à l’insécurité, entre réalité et fiction.

"Avant, il y avait plusieurs commerces dans cette cité : un cordonnier, un coiffeur, etc. Mais maintenant il n’y a rien et j’ai peur de sortir. Les gens sont méchants", explique Madame Brigitte, un des personnages du film d’animation À Travers la fenêtre.

Ce film d’une petite vingtaine de minutes invite à découvrir le quotidien des habitants de la cité du Peterbos, l’une des plus grandes cités de logements sociaux bruxelloises, tristement connue pour ses problèmes d’insécurité. Particularité du projet: il a été réalisé par des femmes qui vivent au coeur de ce quartier.

Entre fiction et réalité, fatalité et optimisme, ce film nous livre une tranche de vie dans le quartier et lance le débat sur les projets à venir. "On parle à la fois des aspects positifs et négatifs de cette cité. Le but de ce film d’animation est de donner la parole aux habitants, tant les jeunes que les plus âgés", explique Stéphanie Demeestère, animatrice chez Infor-Femmes, qui a coordonné la réalisation du film.

Avec l’aide de l’atelier Graphoui, les femmes ont participé pendant six mois à toutes les étapes du film : de l’écriture de l’histoire à la fabrication des personnages en papier découpé, en passant par les interviews d’habitants du quartier, le stop motion (technique d’animation donnant l’illusion de voir des objets animés), le bruitage et le montage final.

Et le résultat est très convaincant. L’histoire, fictive, utilise comme fil rouge le récit d’un boucher "beau comme Julio Iglesias" qui est contraint de fermer son commerce pour faire place à un café.

À travers des bribes de conversation, les habitants font part de leurs impressions concernant cette fermeture, et de leur ressenti de la cité en général. "Je trouve que le Peterbos est convivial. J’y ai beaucoup d’amis", clame un jeune; "Je n’aime pas les jours de matchs car on se trouve près du stade et il n’y a plus moyen de se parquer", explique une autre habitante; "On se sent abandonné. Il y a plein de gens bizarres dehors, des cacas de chiens partout et l’ascenseur est sûrement encore en panne", affirme une autre interlocutrice.

La première projection publique du film se déroulera le mardi 22 novembre à 10h à la salle Molière. Elle sera suivie d’une rencontre avec les réalisatrices du film et d’une discussion sur les thèmes abordés dans le film tels que le logement, l’isolement ou les préjugés.

Le Café-Mamans, lieu de rencontre

Depuis 2012, des habitantes du Peterbos et de ses alentours se réunissent chaque semaine à la salle Agora à l’occasion du Café-Mamans. "À la base, cet espace constitue un lieu de rencontre entre les femmes. On y parle de leurs préoccupations et des sujets du quotidien, explique Stéphanie Demeestère. Par la suite, elles ont manifesté leur envie de réaliser des projets plus concrets."

C’est ainsi que plusieurs initiatives ont vu le jour ces dernières années avant le film d’animation À travers la fenêtre. Les femmes ont par exemple écrit un livre, Hayati ! C’est ma vie, qui retrace leur parcours de femmes migrantes depuis leur arrivée en Belgique, et des autres livres sur le quartier de Cureghem ont été rédigés et déclinés sous forme d’exposition photo et sonore intitulée Quelles nouvelles de Cureghem ?, qui vise à mettre en lumière le quotidien des habitants de ce quartier et les initiatives prises par la population pour améliorer le vivre-ensemble.