La bourgmestre y voit une opportunité de répondre aux besoins des imams de la commune. L'opposition une ingérence dans l'organisation du culte.

Les imams molenbeekois qui le souhaitent pourront bientôt suivre des cours de français au sein de la commune. Un projet rendu possible grâce à la libération d'un budget de 180 000 euros. Ce dernier provient de la liquidation judiciaire d'une association européenne, annonce la RTBF. "La bourgmestre rencontre régulièrement des imams pour se tenir au courant de leur situation et de leurs besoins. Il s'avère que l'un d'eux est la possibilité de bénéficier de cours de français", explique le cabinet de Catherine Moureaux (PS). 

Résidant en Belgique depuis plusieurs années, ces imams n'auraient pas trouvé de formation en phase avec leur demande, y compris auprès de l'Exécutif des musulmans de Belgique, en charge de la formation des imams. Pour compléter l'offre de l'Exécutif, la commune de Molenbeek lancera un appel à projet et espère voir les cours commencer début 2020. "C'est une belle opportunité qui s'offre à nous de rendre les cours plus accessibles sur notre territoire. D'autant plus que leur connaissance du français facilitera les contacts avec l'administration."

Mais du côté de l'opposition, le projet pose question. Ahmed El Khannouss (CDH) s'y oppose notamment, arguant qu'il s'agit là d'une ingérence dans l'organisation du culte. "L'apprentissage du français et/ou du néerlandais est indispensable mais c'est une prérogative de l'Exécutif des musulmans. C'est la seule institution reconnue qui est dotée de cette compétence. On en revient à de vieilles pratiques où le politique essaie de s'infiltrer dans les mosquées à travers l'apprentissage du français." Le conseiller communal estime qu'il y a "d'autres problèmes à régler dans la commune. Ce budget intéressant devrait venir en aide à des associations ou initiatives déjà existantes et en manque de moyens".

Face à ces remarques, le cabinet de la bourgmestre affirme ne servir que de "boîte aux lettres" entre l'ASBL en liquidation et l'appel à projets. "On met en contact deux demandes et on s'en réjouit", précise-t-il avant d'ajouter : "L'association en liquidation judiciaire travaillait pour le vivre-ensemble avec la communauté musulmane. Il fallait donc que l'argent soit consacré à un tel projet."

Pourtant, la loi belge ne permet pas aux autorités publiques d'organiser des formations à des représentants de cultes. Mais le cabinet de la bourgmestre l'assure : "Il ne s'agit pas d'argent public, uniquement d'une opportunité conjoncturelle. Pour le reste, nous soutenons nos associations via des moyens structurels. Ici, ce n'est que du temporaire, on ne peut pas investir plus."