"L'énergie folle suscitée par La BOUM, ce faux festival programmé le 1er avril au Bois de la Cambre, ne peut être ignorée", peut-on ainsi lire sur l'événement Facebook dédié qui rassemble plus de 5000 personnes intéressées et qui doit se dérouler ce soir à partir de 18 heures. "Se rassembler dans un parc, à l'air libre, pour tenter de profiter ensemble d'un instant musical ne peut se résumer à un vulgaire poisson d'avril. C'est un besoin vital. Nous ne souhaitons pas remettre en cause la stratégie sanitaire, même si notre opinion diverge des décisions prises par nos gouvernements, mais il est de notre devoir de prendre nos responsabilités et de concrétiser cette grande fête car nous revendiquons notre droit de nous réunir entre citoyens informés et libres. C'est l'un des piliers de notre Constitution, de nos libertés fondamentales. De notre humanité."

"L'union fait la force et la fête fait l'amorce ! Telle est notre devise"

Il y a quelques heures, le groupe l'Abîme Team - qui faisait déjà la fête au Bois de la Cambre hier en dénonçant une dictature sanitaire ("L'union fait la force et la fête fait l'amorce !" comme devise) - a communiqué le déplacement de son événement. "Vu comment s'est terminé la fête au Bois de la Cambre, si on fait cela au Cinquantenaire, qui est entièrement grillagé et avec très peu de sorties et des barrières de 2 mètres, ça va mal se terminer pour tout le monde. Le BDC fera un bien meilleur QG !"

"Nous pensons qu'il est possible de faire la fête en pleine pandémie, comme nos grands-parents le faisaient durant la guerre"

Si leur propos pourrait être perçu comme idéologiquement défendable après un an de pandémie et de restrictions de libertés, il parait inconscient de réitérer l'expérience. Et sur l'événement Facebook, le groupe "L'abîme team" défend ses propos justement dans un manifeste avec une pétition à la clé.

"Certains affirment que nous sommes tombés dans une dictature sanitaire. Nous ne voulons pas le croire. Nous souhaitons prouver qu'il est encore possible de vivre et donc de faire la fête même en pleine pandémie, comme nos grands-parents le faisaient durant la guerre. 'Si nous devons couper dans le budget de la culture, pourquoi nous battons-nous?', a dit Churchill. Et nous, si nous ne pouvons plus nous réunir et faire la fête, pourquoi vivons-nous?"

"Nous voulons nous persuader que ni la police, ni les autorités, ni la justice ne souhaitent exercer une répression à l'encontre de cette jeunesse au bord du burn-out"

Ils expriment leur ras-le-bol des mesures sanitaires actuelles "sans doute justifiées au début de la pandémie" mais qui, un an plus tard, restreint "nos libertés fondamentales". "Cela ne peut plus durer." Et de donner même des exemples comme cette rave organisée le soir du réveillon en Bretagne qui n'aurait généré aucun cluster malgré les milliers de participants non-masqués réunis trois jours d'affilée. Et dans un lieu clos. "Vu la dégradation de l'état psychique des jeunes, nous pensons que les conditions proposées pour cette fête ne représentent dès lors aucun danger sanitaire. Nous voulons nous persuader que ni la police, ni les autorités, ni la justice ne souhaitent exercer une répression à l'encontre de cette jeunesse au bord du burn out. Une jeunesse qui s'est déjà beaucoup sacrifiée alors qu'elle n'est pas menacée par ce virus."

Ils ne veulent aucun débordement, ne se cachent pas et prennent la responsabilité des conséquences

"Nous ne souhaitons aucun débordement et aucun trouble lors de cet événement que nous espérons mémorable, poursuivent les organisateurs. Nous voulons juste faire la fête comme si c'était la dernière fois. Comme si nous pouvions succomber demain à un virus sorti de nulle part."

Ils veulent montrer leur besoin de vivre en cette période de crise. "Si un coupable devait être désigné, notre collectif endosserait la responsabilité. Nous ne nous cacherons pas derrière un poisson d'avril. Nous sommes prêt à devenir les martyrs des fêtes sauvages car cette cause est noble et plus que jamais d'utilité publique. Nous sommes des animaux sociaux et libres qui prenons l'initiative de nous réunir sans aucun but lucratif et sans aucune mauvaise intention. Notre seul but est de célébrer la vie, même si cela comporte un risque. Car la vie sans risque, ça n'existe pas. Et nous voulons tout simplement VIVRE."

"Nous ne sommes pas des hors-la-loi" mais "la fête est devenue une affaire politique"

En guise de conclusion, ils insistent sur le fait de ne "pas être des hors-la-loi" mais "le contexte actuel nous amène à enfreindre une mesure que nous estimons liberticide." Et de préciser une dernière fois que leur collectif se veut "apolitique", mais que "l'interdiction de faire la fête est devenue malgré nous une affaire politique, une décision prise sans aucune concertation avec les députés, ni avec les citoyens ou les acteurs de la nuit. Cette fête sera donc aussi un mouvement citoyen de désobéissance civile qui dansera pour récupérer son droit à se réunir."

Et, entre un set live diffusé dans le baffle de chaque festivalier, le respect des règles sanitaires ou encore une pétition pour réclamer "la clémence des autorités bruxelloises concernant les rassemblement de jeunes", voici la liste de leurs engagements:

"- Un set LIVE sera proposé pour que chacun puisse le diffuser sur son baffle via son smartphone ou carrément sur un sound system, en plus du nôtre.
- Les lieux seront remis dans l'état de propreté dans lequel nous les avons trouvés.
- Nous invitons toutes les personnes qui le souhaitent à suivre les mesures sanitaires. Nous sommes contre les clivages et pour la tolérance. Mais notre rôle n'est pas d'endosser celui de la police et nous invitons chacun à prendre ses responsabilités.
- Nous réunirons les acteurs du monde de la nuit bruxelloise sur place afin qu'ils puissent recréer un contact humain avec leur public
- Une plateforme citoyenne sera créée afin que chacun puisse devenir membre de notre collectif et revendiquer son droit à se réunir et à faire la fête et prendre une part de responsabilité
- Nous allons mettre sur pied un syndicat de la Nightlife bruxelloise pour représenter les noctambules et les professionnels du secteur afin que le couvre-feu et la fermeture des lieux de fêtes et de culture ne soient plus jamais d'application
- Une pétition sera lancée pour réclamer la clémence des autorités bruxelloises concernant les rassemblements de jeunes - peu importe l'heure"

Le parc ne sera pas fermé

De son côté, le bourgmestre Philippe Close n'a pas l'intention, selon sa porte-parole, de fermer le bois, considérant que ce serait priver les citoyens de la liberté d'en jouir pour s'aérer et s'y promener. Jeudi soir, l'événement intitulé "La Boum" annoncé sur les réseaux sociaux avait attiré 1.500 à 2.000 jeunes au Bois de la Cambre. La police est intervenue pour disperser la foule avec l'aval du bourgmestre de la Ville de Bruxelles afin de faire respecter les restrictions sanitaires.

Plusieurs dizaines de policiers, sept chevaux de la police et huit manifestants ont été blessés, selon le dernier bilan communiqué jeudi en soirée par la police de Bruxelles-Ixelles. Certains ont été transportés à l'hôpital, mais aucun blessé n'a jusqu'alors été signalé dans un état grave.

Il y a en outre eu 22 arrestations, dont 18 administratives et quatre judiciaires. Plusieurs véhicules de police ont également été dégradés.