L’Atelier Groot Eiland est lauréat du prix de l’Économie sociale. Reportage.

Tom Dedeurwaerder confesse avoir un faible pour trois choses dans la vie. Les matchs du Club Bruges, les gens "animés par la passion de ce qu’ils font" et son propre travail en tant que directeur de l’ASBL Atelier Groot Eiland (GE). Hors du stade de foot, c’est dans les ateliers et cuisines de son association située quai du Hainaut que M. Dedeurwaerder fréquente le plus de "gens motivés", selon ses propres mots. Qu’il s’agisse de chômeurs de longue durée, de personnes sans diplôme, touchées par la précarité ou encore atteintes de décalage psychique, toutes et tous considèrent leur parcours d’emploi et d’intégration chez Groot Eiland comme une chance leur permettant de retrouver de la fierté via une activité, voire un emploi sur le marché du travail régulier. "Être motivé est la première condition pour atterrir chez nous."

Dans les cuisines du Bel Mundo, une dizaine de personnes s’affairent sans hâte tandis que la pression retombe, après la fin du service du midi. Dans la salle du restaurant social, deux "tables" finissent leur café avant de passer à la caisse. Les clients paieront une vingtaine d’euros chacun pour le plat du jour (un burger de poulet et ses légumes au gratin), une limonade ou une bière locales, une mousse au chocolat vegan et leur café. "On fait payer le prix du marché. Ce n’est pas parce qu’on fait dans le social qu’on doit brader les prix."

Une formation et un accompagnement

Le personnel du restaurant est en formation de huit mois à un an et demi. "Faire une sauce béchamel ça s’apprend vite. Pareil pour les normes d’hygiène. Ce que les employeurs sur le marché nous demandent, c’est surtout : ‘Avez-vous quelqu’un sur qui je peux compter ?’" Un passage à l’Atelier GE permet un redémarrage professionnel sur mesure. Pour ce faire, le personnel en formation cuisine ou menuiserie est suivi par un job coach et un assistant social. On lui apprend à "se vendre", à faire une adresse mail pro, à être ponctuel, à recevoir les ordres d’une femme…

À l’instar de ce qui se fait au Forem ou chez Actiris ? Pas seulement : "Ici, chacun vient avec son sac à dos de problèmes. Quelqu’un chez nous avait par exemple un problème avec l’alcool. Il était super gentil mais plusieurs bouteilles vides avaient été retrouvées dans la chambre froide. Dans le privé, il aurait été jeté dehors. Ici, on va travailler là-dessus via le suivi d’un assistant social." De même pour une employée qui arrivait systématiquement en retard, car elle ratait son tram après avoir déposé son enfant à l’école. Avoir son assistant social au boulot lui a permis de trouver avec lui une solution adaptée. Il lui a proposé de se former à la conduite à vélo et, depuis la fin de sa formation à l’Atelier GE, elle se rend à son nouveau travail à bicyclette.

En décembre 2019, l’ASBL a reçu le prix de l’Économie sociale, catégorie "entreprise senior" (elle existe depuis 1986), pour son "dynamisme et sa capacité à évoluer". Après la menuiserie et l’Horeca , l’Atelier GE se lance dans l’agriculture urbaine à plus grande échelle. C’est une friche de 9 000 m² à Jette sur laquelle Tom Dedeurwaerder et sa responsable en innovation et développement ont jeté leur dévolu. Ils y développent un CSA ( community supported agriculture) où les agriculteurs de l’atelier côtoieront les gens du quartier. Ceux-ci pourront, selon les jours de bonne ou de mauvaise récolte venir faire la cueillette et repartir avec des légumes, moyennant une contribution annuelle. "Vu le nombre d’habitants à Bruxelles, et le fait qu’il n’y ait qu’un seul autre potager de ce type (à Boitsfort, La ferme du chant des cailles), ce projet a tout à fait sa place."