Bruxelles L’Observatoire de la Santé et du Social a étudié les liens entre les expulsions et la précarité des Bruxellois.es.

600 ménages auraient été expulsés de leur domicile à Bruxelles en 2018. Résultat d’une enquête de l’Observatoire de la Santé et du Social, ce nombre serait en réalité bien plus élevé : "Il y a un manque cruel de statistiques officielles sur le sujet. C’est un vrai problème car cela empêche de monitorer la situation", déplore Gaëlle Amerijckx, l’une des autrices du rapport Précarités, mal-logement et expulsions domiciliaires en Région bruxelloise.

L’enquête pointe en effet que l’expulsion est vue, à tort, comme un phénomène marginal. Chaque année, plusieurs milliers de personnes sont concernées par une demande d’expulsion judiciaire (cas de figure où le propriétaire introduit la demande). Nombre auquel il faut ajouter les expulsions administratives et illégales. Quant à la trêve hivernale (du 1er décembre au 15 mars), période durant laquelle les Bruxellois (es) ne peuvent être expulsés de leur domicile, elle ne concerne que les logements sociaux et non les logements privés qui comptent pourtant la majorité des cas d’expulsion.

Outre l’ampleur du phénomène, le rapport souligne la façon dont l’expulsion renforce la précarité matérielle, sociale et administrative des individus concernés. "Les expulsions ont des conséquences dramatiques pour ces personnes, déjà précarisées. Elles se retrouvent généralement sans solution de relogement et il leur faut parfois des années avant de retrouver un domicile stable."

Face à cette situation, les constats du rapport sont sans appel : la politique bruxelloise du logement doit s’améliorer pour proposer des logements accessibles et de qualité. "Le marché locatif bruxellois, caractérisé par la cherté, la rareté et la faible qualité, contribue fortement à la problématique des expulsions domiciliaires" , précise le rapport. L’accompagnement des personnes concernées doit également être renforcé pour réduire au maximum l’impact de l’expulsion. "Avant l’expulsion, il faut mieux informer les individus sur la procédure dans laquelle ils sont pris. Nombre d’entre eux ne reçoivent pas les courriers ou ne comprennent pas le langage juridique utilisé."

L’accompagnement psychosocial au moment et après l’expulsion doit également être renforcé, explique le rapport. "Cette prise en charge permettrait d’éviter aux personnes déjà précarisées et en pauvreté de se précariser davantage et durablement lors de départs forcés ou d’expulsions de leur logement", conclut-il.