Tout comme la Flandre et la Wallonie, Bruxelles poursuit sa campagne de vaccination. Pourtant, la capitale semble moins efficace que les deux autres régions. Alors que les trois entités reçoivent approximativement le même nombre de doses de vaccin par nombre d’habitants, Bruxelles en utilise moins. Selon les vaccinations enregistrées la semaine passée, seulement environ 60 000 injections ont été administrées sur les 69 000 prévues par la Cocom. Résultat : la capitale compte 45 % d’adultes ayant reçu au moins leur première dose, contre 65 % pour les deux autres régions, comptabilise Sciensano.

Une différence considérable que le ministre bruxellois de la Santé Alain Maron (Ecolo) attribue au nombre de non-Bruxellois, Belges et Européens, vaccinés dans la capitale. De son côté, la Cocom rappelle les spécificités de la population bruxelloise : "30 à 40 % des habitants de la capitale n’ont pas de médecin généraliste et constituent donc un public moins sensibilisé aux campagnes de santé. C’était déjà le cas avant la crise sanitaire avec les campagnes pour le dépistage du cancer, par exemple, explique la porte-parole de la Cocom Fatima Boudjaoui. Il y a aussi la fracture numérique et le nombre beaucoup plus important d’origines différentes à Bruxelles que dans les autres régions. On cumule les spécificités."

Forte de ce constat, l’institution régionale mise, parallèlement à sa campagne de vaccination globale, sur des dispositifs locaux et ciblés. Fin avril, des équipes mobiles ont ainsi été créées pour vacciner à domicile les personnes en totale incapacité à se déplacer vers les centres de vaccination. En mai, ces équipes se sont aussi adressées aux personnes sans-abri puis aux travailleuses du sexe. "Le but est de cibler des publics qu’on n’arrive pas à amener aux centres de vaccination, en travaillant avec des associations de terrain en qui ils ont confiance. Certains ont encore des réticences, par rapport au lieu de vaccination, à l’aspect administratif ou au rapport à l’autorité. D’autres groupes, comme les travailleuses du sexe, attendaient vraiment de pouvoir se faire vacciner."

Des antennes locales de vaccination ont également été mises en place, comme à Molenbeek lors du marché du jeudi, mais aussi à Saint-Josse, Saint-Gilles et aux Abattoirs d’Anderlecht. "Une autre ouvrira le 22 juin à Etterbeek, à la demande de la commune. On évalue régulièrement l’impact de ces antennes et pour l’instant, c’est positif. Les localités sont de bons partenaires car elles connaissent leur public."

Si les communes sont des actrices de proximité déterminantes pour convaincre les citoyens de franchir le pas de la vaccination, il ne suffit pas d’ouvrir une antenne pour qu’elle se remplisse. "Le travail de sensibilisation et d’information réalisé en amont par les communes est indispensable. Il faut répondre aux questions que les citoyens se posent et lever les doutes qu’ils pourraient avoir. Ca avait un peu diminué mais avec les vacances qui approchent, on voit en ce moment une petite recrudescence de l’intérêt de se faire vacciner."

Ces antennes locales permettent d’atteindre des personnes âgées. "Je pense notamment à un monsieur de 91 ans qui n’est pas habitué à se déplacer très loin et qui est venu se faire vacciner à Saint-Gilles. Comme il connaissait déjà les locaux de l’antenne, il était plus rassuré et a franchi le pas." Certaines communautés restent également plus difficiles à atteindre. La Région tente pour cela de convaincre des personnes ressources au sein de ces groupes. "Aux Abattoirs, un chef de famille Rom, une fois vacciné, en a parlé à ses proches pour les pousser à se faire vacciner aussi. Ces contacts au sein des communautés de l’est, des orthodoxes, des musulmans, des Brésiliens sont précieux."

Antennes locales, partenariats avec les pharmacies, les médecins généralistes et bientôt les maisons médicales : pour la Cocom, les dispositifs locaux constituent un vecteur essentiel de la stratégie de vaccination. "Ils sont complémentaires aux dix centres de vaccination. Cette complémentarité est utile pour toucher des personnes qu’on ne touche pas via les centres. On va reproduire ces dispositifs tant que c’est nécessaire car c’est positif comme expérience."