Il suppose un recensement de la population locale, un effort aux multiples enjeux pour Kinshasa, ville dont on ne connaît pas le nombre réel d'habitants (entre 12 et 20 millions). Lors d'un recensement, des agents parcourent les rues pour méthodiquement enregistrer les noms des personnes qui y habitent, leur composition de ménage, etc. Numérisées, ces données pourraient plus facilement être centralisées et adaptées au fil du temps. En débutant par Kintambo, une "petite" commune, les partenaires du projet espèrent que la pratique du registre de population digital soit bien rodée localement puis essaime dans d'autres communes de Kinshasa.

Avoir un enregistrement officiel de la population, "ce n'est pas du tout anodin sur le plan démocratique", note Corinne François, directrice de l'association des communes bruxelloises Brulocalis. "C'est à la base de tout, pensons aux élections par exemple. Sans registre, c'est la porte ouverte aux fraudes, à la comptabilisation de voix de personnes décédées,? C'est aussi important pour savoir où construire une école, un hôpital, etc." A Kinshasa, "ce n'est pas une évidence, pour les mères, d'aller inscrire leur nouveau-né à la commune", confirme Jean-Michel Reniers, chef de service dans la même organisation. Beaucoup de personnes n'y ont pas d'existence légale, s'appuyant uniquement sur le droit coutumier, l'engagement verbal et l'économie informelle. Sans acte de naissance ni existence officielle, pas de droits, pas de cadre juridique pour régler un héritage par exemple, ou pour acheter un bien ou accéder à un visa,...

Six communes bruxelloises et 7 communes wallonnes. 

Six communes bruxelloises (Bruxelles-Ville, Ixelles, Uccle, Watermael-Boitsfort, Woluwe-St-Lambert, Saint-Gilles, qui démarre cette année) et 7 communes wallonnes (Court-St-Etienne, Flémalle, Herve, Namur, Olne, Waremme et Seraing) sont déjà en partenariat avec une des 24 communes kinoises, sous le programme de "Coopération Internationale Communale", financé par le fédéral. Les unions de communes Brulocalis (Bruxelles) et UVCW (Wallonie) coordonnent cette coopération internationale entre localités. En République démocratique du Congo, elle se concentre depuis 2008 sur un renforcement des capacités locales en matière d'Etat civil et de population. "Nous aidons à la construction de bureaux d'état civil secondaires", pour amener les services communaux plus près des habitants des différents quartiers, explique Jean-Michel Reniers, présent à Kinshasa dans le cadre de la mission officielle bruxelloise qui s'y déroule cette semaine. "Mais on a aussi lancé un volet d'appui à des recensements de la population".

Une des bénéficiaires est la commune de Kimbanseke, la plus peuplée de Kinshasa, dont le bourgmestre Jeannot Canon Larose a reçu mercredi la visite de l'échevine bruxelloise Lydia Mutyebele Ngoi. Bruxelles-Ville est en effet le partenaire de cette commune, et des agents communaux de Kimbanseke y viennent parfois se former.

"Nous avons bénéficié d'une formation de nos agents recenseurs grâce au partenariat. Ils nous ont doté des outils, d'une nouvelle technique", explique Jeannot Canon Larose. "Dans le secteur Etat civil, il y a aussi eu une formation de nos agents pour l'enregistrement des naissances, mariages, décès. Ils sont maintenant eux-mêmes formateurs pour d'autres agents communaux". Même si les chiffres sont encore "approximatifs", le bourgmestre indique diriger une commune d'environ 3 millions d'habitants, soit plus du double de toute la Région bruxelloise.

Des exercices de recensement, souvent avec des fiches en papier, ont été faits dans plusieurs communes kinoises. "Mais maintenant tout l'enjeu est de mettre à jour ces données: il y a eu des déménagements, des décès? On en vient à l'idée du registre de population", indique Jean-Michel Reniers.

Quant au traitement des données, "l'outil informatique va sans doute devenir indispensable", note-t-il. C'est là que la Région bruxelloise entre en jeu, qui vient de renforcer son accord de coopération avec la ville-province de Kinshasa à l'occasion de la mission officielle. Le numérique y est une des priorités. La coopération bruxelloise au développement, gérée par Brussels International, va donc porter le projet pilote de registre de population digital, pour lequel la commune kinoise vient d'être sélectionnée: Kintambo, qui est en partenariat avec Uccle dans la Coopération Internationale Communale. Brulocalis collaborera.

"On peut imaginer par exemple des agents recenseurs parcourant les rues avec des tablettes", explique Jean-Michel Reniers. "A Goma (est du pays, NDLR), en partenariat avec Woluwé-St-Pierre, il y a déjà eu un projet complet de digitalisation. Nous nous placerons un peu dans ce sillage". L'outil numérique n'est pas forcément une évidence, dans une ville où les coupures d'électricité sont fréquentes et où des quartiers entiers n'y ont tout simplement pas accès. Si l'exercice fonctionne à Kintambo et se répand, on pourrait cependant envisager d'évoluer petit à petit vers un registre provincial de population, à long terme, espèrent les porteurs du projet.