Le nombre de faillites a augmenté de 40% dans la capitale lors des trois derniers mois par rapport à l’année précédente.

Quelque 729 fermetures d’entreprises ont été recensées en Région bruxelloise durant les mois de septembre, d’octobre et de novembre 2016, a fait savoir jeudi la firme Graydon. Des chiffres inquiétants puisqu’ils représentent une hausse de 39,4 % par rapport à ceux de l’année passée, à la même période. Pour l’organisation de défense des indépendants, des professions libérales et des PME de la capitale Izeo, ces chiffres sont dramatiques mais tout à fait prévisibles : l’effet lockdown se ferait désormais réellement ressentir. "Il a fallu le temps aux petites entreprises d’épuiser leur trésorerie. On y est désormais" , explique son secrétaire général Miguel Van Keirsbilck.

Alors que plus de 3.100 entreprises se sont mises en faillite sur l’ensemble des trois régions du pays au cours des trois derniers mois, la capitale prend de plein fouet l’effet-retard d’un dernier hiver troublé, analyse Izeo. En septembre, les fermetures ont ainsi augmenté de 25,2 % par rapport au même mois de 2015. En octobre, le nombre de faillites enregistre même une hausse de 66 % par rapport à l’année passée. Une tendance négative qui s’est ensuite confirmée en novembre, avec une augmentation de plus de 30 %. Après un été plutôt calme au niveau des faillites en Région bruxelloise, les chiffres ont ainsi explosé, ces trois derniers mois.

Des chiffres inquiétants mais que les représentants patronaux avaient déjà annoncé comme possibles lors d’une conférence de presse en avril dernier, poussant alors un cri d’alarme face à la conjonction inédite de quatre facteurs négatifs pour l’économie bruxelloise : le piétonnier, le lockdown de novembre dernier, les attentats du 22 mars et la fermeture de tunnels. "Il s’agit d’une crise historique, c’est du jamais vu !", avait alors souligné le président du Beci, Thierry Willemarck.

Conscientes de la conjoncture spécialement défavorable aux commerçants de la capitale, surtout ceux de l’horeca, les autorités régionales ont mis en place, il y a près de six mois, différents mécanismes d’aide aux entreprises en difficulté. Plus de 220 entreprises ont ainsi sollicité, jusqu’ici, les conseils d’une cellule d’accompagnants et d’experts spécialement mise en place pour l’occasion.

Plus de 30 indépendants ont également obtenu un crédit spécial de la part de la société régionale d’investissement de Bruxelles (SRIB), ce qui représente plus de deux millions d’euros de prêts accordés. Des initiatives qui vont dans le bon sens, mais sont insuffisantes selon Izeo.

Miguel Van Keirsbilck Secrétaire général de Izeo "L’effet conjugé de quatre fléaux !"

Ces chiffres ne sont pas une surprise pour vous ?

"Non, ce n’est pas une surprise. On sentait venir ce qui se passait. Alors que les élus politiques criaient déjà victoire, on sentait bien toute une série de signes montrant que le centre-ville reste terriblement impacté. C’est surtout l’horeca et celui du centre qui est concerné. Il y a des établissements qui ont aujourd’hui 10 clients quand ils en avaient encore 100 l’année passée. Cet été, certains se félicitaient des chiffres sur les faillites, mais on sentait que certains commerçants résistaient encore avec leur fond de trésorerie. C’est fini désormais, l’effet lockdown que nous prédisions est en train de faire ses effets."

Comment expliquer ces chiffres ?

"C’est l’effet conjugué de quatre fléaux qui se sont additionnés l’an passé : le lockdown et la manière désastreuse avec laquelle il a été géré, les tunnels, le piétonnier et les attentats. Mais il s’agit surtout du lockdown et des attentats. Le cœur de Bruxelles est sinistré, ce n’est pas un scoop et cela se ressent dans les chiffres. Un certain nombre d’habitants de la périphérie ont choisi de ne plus se rendre dans le centre de la capitale pour faire leur shopping. Cela occasionne des baisses du chiffre d’affaires de 20 à 25 %, qui, au final, ont un impact déterminant sur les finances des commerçants."

Les aides régionales pour les entreprises ont aidé ?

"Oui, le gouvernement bruxellois a débloqué plusieurs aides et cela a aidé. Mais cela n’est pas suffisant quand vous perdez 40 % de votre chiffre d’affaires. C’est un peu comme si on mettait un emplâtre sur une jambe de bois. Le fédéral a aussi fait beaucoup de mal avec sa hausse de la TVA. On parle d’une majoration de 15 % ! Cela crée de la cacophonie dans les aides, et annule en partie les efforts de la Région bruxelloise."