Bruxelles

La mesure a été portée par Ecolo lors des négociations.

La déclaration de politique générale du gouvernement bruxellois est analysée de fond en comble depuis mercredi dernier par les journalistes et autres observateurs politiques. L'accord du gouvernement francophone bruxellois (Cocof), lui, est passé plus inaperçu. Il recèle pourtant une mesure non négligeable en matière de lutte contre les discriminations.

"Le mouvement #metoo, la montée des populismes et des nationalismes racistes ont mis à l’avant-plan la réalité crue de la discrimination, de la haine et des violences liées à une part de l’identité des personnes (genre, orientation sexuelle, religion, etc.). Les conséquences sur le quotidien des personnes concernées sont désastreuses", stipule ainsi la déclaration de politique générale, qui souligne à de nombreuses reprises sa volonté d'agir contre ces violences.

La déclaration ne fait cependant pas mention des signes religieux, contrairement à l'accord de la Cocof. Prônant un enseignement public de qualité et émancipateur pour toutes et tous, ce dernier indique que le gouvernement lèvera l'interdiction du port de signes convictionnels par les étudiants dans l'enseignement supérieur et en promotion sociale. Il stipule toutefois que "l'interdiction du port de [ces] signes dans l'enseignement obligatoire sera maintenue".

Une avancée de taille pour Zakia Khattabi, qui a porté la mesure lors des négociations : "Cette interdiction m'a toujours été insupportable par son caractère discriminant tant je sais, comme féministe, combien l'accès à la formation puis à l'emploi sont des voies à l'émancipation des femmes. Il m'a toujours été incompréhensible que cette interdiction, et singulièrement celle du port du voile puisque c'est de cela qu'il s'agit, se fasse au nom précisément de leur émancipation... Bref, une première avancée et une victoire personnelle que je savoure tant le contexte actuel (et certains partenaires autour de la table) est peu propice au management inclusif de notre diversité", indique la co-présidente d'Ecolo sur Facebook.

Dans son message, Zakia Khattabi ne manque pas de piquer au passage le PTB, en parlant de cette mesure comme d'un "élément en particulier dont je suis fière (et qui a visiblement échappé à la lecture des camarades ptbistes)". Le parti, par l'intermédiaire de Françoise Desmet confirme néanmoins qu'il s'agit d'une "bonne chose, c'est un pas en avant. L'interdiction du port de signes religieux discrimine toute une série de femme dans la société. Cette mesure est donc une porte d'entrée à d'autres débats sur la levée de l'interdiction dans l'administration publique".

Du côté des libéraux en revanche, le son de cloche est différent : "Même si cette mesure est limitée aux étudiants du supérieur et de promotion sociale, ceci est un précédent qui fragilisera l'école comme lieu de neutralité à l'égard du fait religieux. Cette reculade risque fort d'en entraîner d'autres au niveau scolaire et dans la fonction publique. Nous nous étonnons que Défi, qui veut intégrer la laïcité dans la Constitution, soit complice de cette politique", réagit Gaëtan Van Goidsenhoven.