Ces cinq dernières années, le nombre d’emprunteurs défaillants n’a cessé d’augmenter pour atteindre les 50.000 en 2015.

Alors que les fêtes arrivent à grands pas, certains peinent à rassembler leurs derniers deniers pour faire plaisir à leurs proches. Et ils sont bien plus qu’on ne le croit. Dans la capitale, plus d’un adulte bruxellois sur 20 (5,5 %), soit plus de 50.000 personnes, n’arrive pas à rembourser les crédits contractés, ce qui place la Région à égalité avec la Wallonie, devant la Flandre (seulement 2,6 %). Paradoxalement, c’est pourtant dans la capitale l’on retrouve le moins de personnes concernées par le crédit. Lorsqu’elles y font appel, elles rencontrent donc plus fréquemment des défauts de paiements.

Et cette situation ne semble pas s’améliorer. Depuis 2011, où il s’élevait à 4,8 %, le pourcentage d’emprunteurs n’a fait qu’augmenter et aucune commune ne semble échapper à cette hausse, à l’exception de Woluwe-Saint-Pierre, qui est également la moins touchée par le phénomène (2 %). À l’inverse, dans le haut du classement, c’est la commune de St-Josse qui se distingue, avec près d’un habitant sur 10 (8,6 %) confronté à l’impossibilité de rembourser un crédit. À ses côtés se trouvent les autres communes du nord et de l’ouest de Bruxelles, elles aussi très largement au-dessus de la moyenne régionale et nationale (4,1 %).

Crédits contractés

Dans l’ensemble des crédits à la consommation, ce sont les ouvertures de crédit qui ont littéralement explosé. Cependant, il est difficile d’évaluer l’impact réel de ces emprunts sur le surendettement des Bruxellois. "Il suffit d’être à découvert d’une petite somme sur son compte pour se retrouver dans cette case", précise Pierre-Philippe Treutens, gestionnaire de données à l’Ibsa, l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse. Les prêts hypothécaires ont, quant à eux, évolué différemment d’une commune à l’autre, mais le nombre d’emprunteurs défaillants tend bel et bien à augmenter, ce qui indique de véritables difficultés à assurer leurs engagements.

Des dettes sans crédit

Mais le plus inquiétant du phénomène ne réside pas dans ces chiffres, déjà catastrophiques. "Un tiers des règlements collectifs de dettes concerne des gens qui n’ont soit pas de crédit, soit des gens qui ont un crédit mais n’ont pas de problème à le rembourser. Cela signifie que leurs dettes proviennent d’une autre source, comme des loyers ou des factures impayées", indique Romain Duvivier, économiste à l’Observatoire du crédit et de l’endettement (OCE). De nombreux Bruxellois se retrouvent donc en dehors des statistiques, bien qu’endettés lourdement pour assurer leur subsistance.

Profil des endettés

Bruxelles a beau concentrer le plus haut taux d’emprunteurs défaillants (9,6 %), aucune étude sur la situation n’a pourtant été menée dans la région, contrairement à la Flandre et la Wallonie. Néanmoins, Caroline Jeanmart, sociologue à l’OCE, a relevé les profils qui s’adressent le plus souvent aux services de médiation de dettes. "Il s’agit des personnes isolées, sans enfant, ce qui n’est pas une surprise puisqu’elles représentent plus de la moitié des ménages à Bruxelles. Viennent ensuite les familles monoparentales, plus à risque de pauvreté", explique-t-elle. La cohabitation permettrait donc de se prémunir d’une chute dans la spirale infernale des dettes.

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Trois questions à Sylvie Moreau Juriste, responsable des formations et du soutien aux services de médiation de dettes de Bruxelles

"On est bien loin des clichés"

Quelle est la situation dans les services de médiation de dettes ?

"Ces services sont confrontés à une explosion des demandes. Dans certains cas, il y a même des listes d’attente d’un à six mois. Les travailleurs sont débordés et essaient de faire face, mais c’est compliqué. "

Pour quels motifs les dossiers sont-ils introduits ?

"Dans les dossiers reçus, il n’y a pas spécialement de forte hausse pour les crédits à la consommation, et en particulier les prêts à tempérament ou les ouvertures de crédit. En revanche, on reçoit de plus en plus de dossiers de surendettement où il n’y a pas de crédits. "

Qu’est-ce que cela signifie ?

"Les Bruxellois n’arrivent plus à payer les charges courantes. Ils ont des arriérés sur les loyers -dont les prix à Bruxelles sont trop élevés-, les frais de santé, et les factures énergétiques . Même si les crédits restent problématiques, on constate un véritable appauvrissement de la population. Certains empruntent même pour assurer leurs besoins vitaux. On est donc très loin de l’image de la personne qui va gaspiller son argent pour des bêtises."