Un "leurre" d’enquête publique, "très mauvais projet"… : une commission de concertation du Métro 3 sous tension face à une cabale de riverains

Les habitants et associations ont pu s’exprimer sur le projet de création d’un tunnel de métro entre la gare du Nord et Bordet. L’avis en vue de l’obtention du permis est attendu après une consultation en huis clos.

Ro.Ma.
Un "leurre" d’enquête publique, "très mauvais projet"… : une commission de concertation du Métro 3 sous tension face à une cabale de riverains
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"Que ceux qui sont contre le projet se lèvent", lance une Schaerbeekoise. Ambiance tendue ce jeudi à l'emblématique hôtel de ville de Schaerbeek où se tenait la commission de concertation sur la création de l'extension "nord" du métro 3 entre la gare du Nord et Bordet. Un trajet de 4,5 kilomètres traversant Schaerbeek et muni de sept nouvelles stations, une station d'épuration et un dépôt à Haren.

Dans le public, une cinquantaine de personnes, principalement riverains opposés à ce tunnel. Signes ostensibles d'agacement et de désaccord, éclats de voix... Il faut dire qu’il s’agit du projet du siècle de la Région bruxelloise. Et ces derniers temps, le dossier a reçu plusieurs revers : un avis négatif de la Commission royale des Monuments et Sites, idem de la Commission Régionale de Mobilité, une carte blanche au vitriol de 30 académiques et associations...

Une procédure décriée

"Un très très très mauvais projet", dénonce une riveraine avec les applaudissements en faisant allusion aux derniers avis précités et demandant "à la commission de rendre un avis négatif".

Évoquant des données "biaisées", les incertitudes budgétaires et les effets de la pandémie, l'Arau, Atelier de Recherche et d'action Urbaine, demande aussi la fin du projet. "Ce n'est pas parce qu'on a pris la décision il y a 10 ans qu'on doit continuer."

Véritable pomme de discorde, la procédure du projet a été décriée par les riverains, qui dénoncent une enquête publique trop courte (30 jours). "Cette enquête publique est un leurre", selon Benoît, riverain du square Riga à Schaerbeek pointant du doigt les milliers de pages du dossier. "C'est humainement impossible, décrit Mélissa, une habitante de la place Colignon. Malgré mon immense motivation, j'ai un travail à temps plein, deux enfants et aujourd'hui j'ai dû prendre congé pour venir."

Plusieurs intervenants ont demandé une prolongation de l’enquête... ce qui jusqu’à présent a été refusé. Et même l'abandon pur et simple du dossier. De son côté, Beliris, en charge de cette extension septentrionale, ainsi que la Stib qui exploitera la ligne, n’en démordent pas : le choix du métro se justifie pour des raisons de confort, de régularité, de vitesse commerciale, et de sécurité.

Des implications en cascade

Un ingénieur du son de la rue Rubens craignant pour les vibrations au-dessus de son studio. Un propriétaire de l'avenue Voltaire inquiet pour la sérénité de son building. Un Schaerbeekois qui s’interroge quant à la sécurité de la future station Riga. Contestation quant à la disparition du tram 55 par un métro jugé moins commode. Craintes de congestion d’un Harenois aux alentours de Bordet...

Nombre sont les problématiques collatérales soulevées par ce projet qui traverse de nombreux quartiers sur plus de 4 kilomètres. Beliris assure que des états des lieux des habitations auront lieu, financés par les autorités.

Mais outre les craintes des riverains pour leur quiétude, les retombées économiques ont également été mises sur la table. Le président de l’association des commerçants de la rue de Brabant, Mohamed El Hajaiji, critique notamment la non-prise en compte des conséquences économiques du chantier pour cette artère du quartier Nord, et pointe les impacts sur la mobilité et un chantier au calendrier non défini.

En réponse, le Stib assure qu'un dispositif économique "à la Stalingrad" sera mis en place pour ce "chantier exceptionnel par son emprise et sa longueur", avec une "indemnité chantier" doublée, des actions particulières (lavages de vitres, abonnement annuel Stib à 50%...). Beliris confirme que les éléments d'indemnisations sont en cours de concertation et ne sont pas arrêtés.

A la suite des avis et des remarques des riverains, la commission va se réunir une ou plusieurs fois à huis clos avant de rendre un avis. Une étape déterminante dans l'obtention, ou le refus, du permis du plus grand chantier de la Région bruxelloise.

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