L'ordonnance rendue ce jeudi par le tribunal de première instance de Bruxelles est claire : la manière dont la ville de Bruxelles a décidé sans concertation de fermer au trafic automobile une partie du bois de la Cambre est illégale.

Les autorités bruxelloises ont pris acte de cette décision. Et elles n'ont pas tardé à réagir. Dès ce vendredi après-midi, Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles, a ainsi présenté un nouveau projet de mobilité, avec les communes d'Ixelles et de Watermael-Boitsfort. Mais un accord n'a pas pu être trouvé avec les quatre autres communes et la Région. Résultat : le bois de la Cambre est à nouveau ouvert aux voitures.

"La Ville de Bruxelles n'a pas d'autre choix que d'adopter une ordonnance afin de remettre les aménagements en état pour revenir à la situation antérieure au 19 mars 2020", a annoncé le cabinet du bourgmestre de la Ville, Philippe Close (PS). Selon le cabinet de M. Close, la majorité uccloise a refusé la proposition qui a été présentée.

La Ville interjettera appel de l'ordonnance de référé prononcée par le tribunal civil jeudi et "travaillera dès lors avec la Région et les communes qui le désirent à la mise en place d'un plan qui réaffectera le Bois à sa fonction originelle d'espace vert", a-t-il ajouté, à l'issue de la réunion.

Boris Dilliès déplore la décision de la Ville de Bruxelles qu'il compare à un "enfant qui boude"

Selon le bourgmestre d'Uccle, la proposition que la Ville de Bruxelles avait mise sur la table lors de la réunion de concertation du jour était insuffisante pour rencontrer les aspirations à une meilleure qualité de vie des populations riveraines du Bois. "La proposition d'ouvrir l'avenue du Brésil uniquement durant deux heures en matinée a été formulée comme ultime concession de la Ville pour se conformer soi-disant à l'ordonnance rendue jeudi par le Tribunal de Première Instance de Bruxelles, avec une phase test qui irait de 6 mois à 1 an", a commenté le bourgmestre d'Uccle à l'issue de la réunion.

Selon lui, la Ville de Bruxelles a considéré que cela rencontrait les desiderata de la commune d'Uccle alors que la motion votée à l'unanimité au conseil communal ucclois, le 25 juin dernier, demandait clairement l'ouverture du tronçon Groenendael-Brésil "sans autre condition, même d'horaire".

Aux yeux de M. Dilliès, la commune d'Uccle ne peut se contenter d'une telle ouverture pendant deux heures dès lors que, selon les forces de police, les heures de pointe n'existent plus en tant que telles et que la chaussée de Waterloo, entre autres, connaît de nombreux embouteillages durant toute la journée.

Pour lui, il convient en outre de consulter aussi les riverains et commerçants qui se sont manifestés par voie judiciaire pour dénoncer cette situation, mais cela a été refusé par la Ville.

Boris Dilliès a par ailleurs dit avoir à nouveau proposé de tester un "double-sens prolongé" de l'avenue Louise à la drève de Lorraine (av. de Diane, Panorama, Groendendael...jusqu'à la chaussée de la Hulpe, ouverture vers la drève de Lorraine).

"J'ai depuis le début accepté et défendu l'idée qu'une part importante du bois soit désormais réservée à la mobilité douce et aux promeneurs. Je répète que je n'ai jamais demandé et ne demande pas la réouverture totale du bois, que j'ai présenté à nouveau des propositions et que faute de s'accorder même sur à peine une ouverture de 300m de voiries, laissant une fonction récréative du bois sur plus de 70%, la Ville préfère revenir à une situation que personne ne souhaite", a-t-il encore dit.

"La Ville de Bruxelles a donc considéré que toute négociation était vaine et tel un enfant qui boude, il casse le jouet en prétendant ne pas avoir d'autre choix que de revenir à la situation précédant le Covid", a-t-il conclu.

Infographie : la situation jugée illégale par la justice

© IPM
 

Elke Van den Brandt maintient son souhait d'une solution concertée préservant l'espace vert

La ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) a déploré vendredi l'absence de résultat probant de la réunion de concertation à laquelle elle a pris part vendredi, tout comme la Ville de Bruxelles, Ixelles, Watermael-Boitsfort, Uccle, Rhode-Saint-Genèse et Linkebeek à propos du Bois de la Cambre. Selon son cabinet, elle reste favorable à une solution qui rende à terme sa vocation naturelle de parc à cet espace de respiration dont la population bruxelloise a besoin avant tout. Le cabinet de la ministre Van den Brandt reconnaît implicitement que la Région qu'elle représentait a soutenu la proposition faite vendredi par la Ville lors de la réunion de concertation et appuyée par les communes d'Ixelles et de Watermael-Boitsfort.

Aux yeux de la ministre écologiste, cette proposition correspond quasi au scénario évoqué dans la décision de Justice et à une demande centrale de la motion adoptée par le conseil communal d'Uccle en juin dernier.

Selon le cabinet de la ministre de la Mobilité, un retour à la situation qui prévalait jusqu'au 19 mars en termes de circulation automobile dans le parc ne peut se faire dans l'immédiat car une série d'aménagements physiques effectués sur place (e.a. blocs de béton, marquage au sol) doivent être démantelés, ce qui prend un peu de temps.

Qui plus est, le tribunal a laissé trente jours à la Ville pour ce faire, a-t-il souligné.

Raison de plus pour poursuivre la concertation en vue de trouver une solution permettant au Bois de retrouver sa vocation première de parc et d'espace de respiration dont la population à un réel besoin, qui plus est dans la période de pandémie qu'elle traverse, a encore souligné en substance le cabinet de la ministre de la Mobilité.