Le tram 8, le piétonnier, la place Jourdan... Autant de chantiers qui manquent cruellement de facilités pour les personnes à mobilité réduite et malvoyantes. C'est ce que dénonce Nino Peeters.


Le mardi 27 février, le nouveau semi-piétonnier de la place Jourdan a été inauguré en grande pompe par la commune d'Etterbeek et Beliris, l'accord de coopération entre le Fédéral et la Région bruxelloise. Flambant neuve, cette place désormais traversée par une fontaine fait la fierté du collège etterbeekois.

Seulement voilà, ce chantier tant attendu n'a pas fait l'unanimité. Pour Nino Peeters, porte-parole de la Cawab (Collectif Accessibilité Wallonie-Bruxelles), la nouvelle place Jourdan est l'exemple type de ces nouveaux espaces bruxellois fraîchement rénovés et qui, pourtant, ne remplissent pas toutes les cases en termes d'accessibilité pour tous. "Le premier gros problème c'est l'accessibilité des commerces autour de la place pour les personnes à mobilité réduite (PMR). Pourquoi ne pas avoir rehaussé le sol afin que les entrées des cafés et restaurants soient plain-pied?", déplore le conseiller en accessibilité. Dénivelé au milieu de la place, mauvaises dalles pour les malvoyants et trottoirs trop hauts...En faisant le tour de la place, Nino a découvert toute sorte de détails qui, à première vue ne choquent pas, mais rendent l'accès de la place compliqué à une marge non-négligeable de la population.

De son côté le bourgmestre Vincent De Wolf (MR) assure que des modifications vont avoir lieu. "Si on avait fait une place de plain-pied il aurait fallu prévoir des escaliers de part et d'autre du semi-piétonnier, or c'est ce que nous voulions éviter. Nous avons travaillé six ans en collaboration avec Beliris sur cette place et je sais que la structure globale a été étudiée en fonction de cette accessibilité. Après peut-être qu'on peut mieux faire, je ne dis pas que c'est parfait! Des modifications pour régler ces problèmes sont à l'étude et je suivrai de près cette problématique."

© DEMOULIN BERNARD

"Mais pourquoi toujours attendre de devoir refaire?", interroge Nino Peeters. "Pendant chaque chantier, il y a des revendications d'associations pour les PMR, personnes handicapées, malvoyants. On ne se sent pas écoutés."

Et c'est le même constat pour le piétonnier du centre-ville qui ne devrait pas tarder à être inauguré (la fin des travaux est annoncée pour fin 2019). De ce côté de la ville, c'est avant tout le revêtement qui pose problème. Beliris a choisi un mélange de dalles différentes qui donne un aspect de relief très prononcé. "Ce n'est pas lisse, donc se déplacer en chaise roulante là dessus, c'est compliqué, un peu comme sur des pavés. Pour les malvoyants, ça provoque aussi des vibrations désagréables dans la canne et ça peut les induire en erreur, leur envoyer un mauvais signal."

Tant pour le chantier de la place Jourdan que pour celui du piétonnier, Beliris confirme avoir enregistré les différentes plaintes. "On va faire quelques adaptations sur la place Jourdan pour améliorer encore l’accessibilité aux PMR. Pour le chantier du piétonnier, les travaux ne sont pas encore finis. Même les zones ouvertes ne sont pas encore complètement terminées. Beliris a demandé l’avis d’une commission PMR et en concertation avec la Ville de Bruxelles, on fera encore des adaptations pour améliorer l’accessibilité des PMR", assure Elien De Swaef, porte-parole de l'agence fédérale.

Un remake du boulevard Léopold III

Pour Nino Peeters, le scénario s'apparente à celui du boulevard Léopold III. Rénovée en 2013, cette artère reliant le carrefour Meiser à l'Otan a fait l'objet de nombreuses revendications de la part d'associations pour PMR et malvoyants. "Les plans avaient été vus, on avait tiré plusieurs fois la sonnette d'alarme en leur disant de tenir compte de toute la population. Finalement, il y a eu énormément de malfaçons dans le revêtement, les bordures, etc. Mais on n'a pas lâché le morceau et ils ont dû rénover deux ou trois carrefours pour qu'ils soient entièrement accessibles aux PMR. Aujourd'hui il en reste une dizaine à refaire et c'est prévu." Des travaux supplémentaires qui ont déjà coûté 150 000 euros, une somme conséquente payée par...le contribuable. "On nous dit toujours qu'on fera mieux la prochaine fois. Cette fois on y est à la prochaine fois", conclut Nino Peeters.