Les diatribes se succèdent contre le projet d’extension du métro 3 vers le nord, à savoir un nouveau tunnel de 4,5 km avec sept stations entre Bruxelles Nord et Bordet en passant par Schaerbeek. Après la Commission royale des Monuments et Sites et la Commission Régionale de Mobilité, c’est au tour d’une trentaine d’académiques et associations de remettre un avis au vitriol quant au projet en attente de permis.

Sur la plateforme du Brussels Studies Institute, plusieurs acteurs, parmi lesquels Maxime Fontaine (ULB), Michel Hubert (Saint-Louis), Frédéric Dobruszkes (ULB), Wojciech Kebłowski (VUB et ULB), Christian Kesteloot (ULB) et Pierre Laconte (Fondation pour l’environnement urbain), viennent de cosigner un article intitulé “Un avenir meilleur sans le Métro Nord”. Selon eux, “ce projet [de tunnel] constitue une menace grave pour les finances régionales et, partant, pour les autres politiques que la Région doit mener” et devrait être mis en pause.

L’aspect budgétaire du projet est décrié, car, à Bruxelles comme ailleurs, “les grands projets de transport sont coutumiers d’importants surcoûts”. Estimé à 1,66 milliard en 2017, le projet est passé à 2,3 milliards. “Cette incertitude budgétaire va de pair avec celle relative aux échéances. Initialement prévu pour 2018, l’achèvement du projet est maintenant reporté à 2032. Tout allongement augmente logiquement les coûts du projet.”

Revenant sur la piste lancée par le grand argentier Sven Gatz (Open VLD) de consacrer l’ensemble des moyens fédéraux de Beliris au métro, les signataires remettent en question ce sens des priorités et le sacrifice d’autres projets. “Le Métro Nord arrive trop tard et contribue trop peu à la lutte contre les changements climatiques et pour l’autonomie énergétique, qui touche de plus en plus de Bruxellois dans leur réalité quotidienne.”

Un abandon, comme moindre mal

Les problèmes de congestion et de saturation des lignes existantes ne sont pas remis en cause. Mais la solution du métro est, selon les auteurs, critiquable. “Le moment est venu d’envisager de maintenir les trams (pré-métro) dans le tunnel Albert-Nord existant (c’est encore possible) et de repenser le maillage des quartiers en amont et en aval, compte tenu des travaux en cours de réalisation entre la Gare du Midi et Anneessens qui devraient y améliorer la fluidité des trams.”

De plus, la pandémie serait un “game changer”, qui redistribue les cartes de la mobilité bruxelloise.

Mais de nombreux frais ont déjà été engagés dans le projet avec notamment de multiples études… “Les coûts d’annulation d’un projet peuvent paraître importants, mais, dans le cadre d’un chantier qui n’est pas commencé, ni même attribué, ils sont en réalité assez limités au regard des sommes qui devront être engagées si le projet se concrétise”, assurent les auteurs qui redoutent un scénario à la “Concorde”.