L’agence affiche un taux de revalorisation de 100 % pour les déchets encombrants qui est contesté par Ecolo.

Après avoir obtenu un accord de principe pour la réalisation d’un audit sur les finances mais aussi sur la gestion opérationnelle de l’Agence Bruxelles Propreté (ABP), le député bruxellois Arnaud Pinxteren (Ecolo) s’est penché sur le taux de recyclage des déchets affiché par l’agence régionale. Selon l’écologiste, ce taux ne reflète pas la réalité du terrain.

Le parlementaire s’appuie sur les chiffres de 2015 fournis par la secrétaire d’État bruxelloise en charge de la Propreté Fadila Laanan (PS). Sur un total de 317.125,48 tonnes de déchets ménagers collectés par l’agence régionale, 114.968,06 tonnes ont en principe été recyclées, ce qui représente un taux de 36,3 %.

Si rien ne semble anormal jusqu’ici, c’est la répartition des déchets recyclés qui a intrigué le député régional. Pour les papiers/cartons, le PMC, le verre d’emballage et les déchets putrescibles ainsi que les encombrants, Bruxelles Propreté affirme détenir un taux de recyclage et réemploi de 100 %. Pour Arnaud Pinxteren, ce chiffre est forcément gonflé. La comparaison avec la Wallonie est marquante : le taux d’encombrants incinérés ou mis en centres d’enfouissement technique s’élève à environ 70 % pour l’année 2016. "Qu’est-ce qui leur permet d’avancer un chiffre de 100 % quand la Région wallonne se trouve à 30 % ?", s’interroge-t-il.

Selon l’écologiste, cette manipulation des chiffres à la hausse pourrait rencontrer deux objectifs. Tout d’abord, conduire à se rapprocher de l’objectif européen qui fixe le taux de recyclage des déchets ménagers à 50 % en 2020. Et ensuite retarder le paiement d’une taxe régionale relative aux déchets incinérés avec des seuils évolutifs à respecter au fil des ans.

De son côté, l’ABP dément fermement toute tentative de manipulation des chiffres. Selon l’agence, cette méthode de calcul qui tient compte des tonnages de déchets collectés sélectivement et non du taux de recyclage effectif est celle approuvée par le gouvernement régional au travers de l’ordonnance de 2012 relative aux déchets.

"C’est un mode de calcul qui peut être contesté mais qui a été approuvé par le gouvernement. Il n’y a aucune volonté de tromper. Au niveau des encombrants, nous préparons 100 % de ces déchets en vue de leur recyclage. Ceux-ci sont triés et conditionnés avant d’être fournis à des acquéreurs privés qui vont les valoriser. Mais nous n’avons pas de vue précise de ce qui est fait ensuite. Nous n’avons qu’un rôle de collecteur", commente Étienne Cornesse, le porte-parole de l’ABP.

Mais aux yeux d’Ecolo, il s’agit d’une interprétation abusive de la réglementation européenne qui précise que la préparation en vue du réemploi concerne toute opération de contrôle, de nettoyage et de réparation qui permet aux déchets d’être réutilisés sans autre opération de prétraitement. "Il est curieux que la préparation concerne 100 % des encombrants alors qu’il ne s’agit pas simplement de regrouper des objets du même type dans des bennes. Et ne pas se soucier de ce que les filières font de ces déchets ne colle pas avec l’esprit de la réglementation. D’où la nécessité de l’audit qui devra faire la clarté sur les données relatives au traitement des déchets", conclut Arnaud Pinxteren.

Un observatoire des déchets

Alors que l’inclusion de la totalité des encombrants collectés par l’ABP dans la catégorie des déchets collectés sélectivement en vue du réemploi pose question, aucun organe de contrôle n’est actuellement en mesure de commenter la situation. Bruxelles Environnement estime ne pas être responsable. C’est en effet le futur observatoire des déchets prévu par le Plan de gestion régional des déchets adopté jeudi dernier qui devra valider les méthodologies de calcul et déterminer si l’application d’un ratio pour ce flux est nécessaire. Mais selon nos informations, cet organe ne sera pas opérationnel avant plusieurs mois notamment en raison de retards au niveau du recrutement organisé par Perspective.Brussels.