Les associations bruxelloises constatent une augmentation de l'usage des psycho-stimulants.

Jusqu’à cinquante fois plus puissant que l’héroïne et cent fois plus que la morphine, le Fentanyl fait des ravages en Amérique du Nord. Des dizaines de milliers de personnes sont décédées suite à une overdose de ce produit de synthèse. Sur Internet, des vidéos montrent des parents tomber raide morts devant leurs enfants au supermarché.


D’abord prescrit pour lutter contre les douleurs somatiques, notamment en cas de cancer, le Fentanyl a rapidement créé un état de dépendance chez ses consommateurs. Heureusement, il ne s’est pas encore répandu à Bruxelles, pour plusieurs raisons. "En Amérique du Nord, la crise des opioïdes est surtout due à une sur-prescription massive de médicaments. Notre système de soins est mieux développé et nos médecins correctement formés, ce qui réduit considérablement les risques", explique Bruno Valkeneers, porte-parole de l’ASBL Transit, qui accueille et héberge des usagers de drogues.

Pas de sur-prescription donc, et une grande disponibilité de produits alternatifs. Les nombreux produits de substitution, comme la méthadone permettent de stabiliser les usagers sans effet euphorisant. Le port d’Anvers constitue en outre une porte d’entrée importante pour la drogue. "Héroïne et cocaïne y arrivent dans une forme très pure, à un prix qui défie toute concurrence au niveau mondial. Ca nous protège en partie du commerce des nouveaux produits de synthèse (NPS)."

Les associations de terrain, comme Transit et Dune, ne relèvent pour l'instant que deux ou trois retours de personnes usagères de petites doses Fentanyl. "Le schéma bruxellois n'est pas le même qu'en Amérique mais ça ne veut pas dire qu’on n’est pas en alerte, nuancent-elles. Le marché noir chinois s’en est emparé. Avec Internet dans un monde globalisé comme le nôtre, ça voyage vite."

Sur leurs gardes, les associations regrettent par ailleurs l'absence de vision globale de l'usage de drogues dans la capitale. "Comme elles sont interdites, il n'y a pas d'étude sur le sujet", déplore Bruno Valkeneer. Transit, qui accueille majoritairement des usagers masculins, plutôt expérimentés et vieillissants, constate une évolution de la consommation de drogue. Alors que l'usage d'héroïne tend à légèrement diminuer à Bruxelles, celui des psycho-stimulants augmente. "Notre public consomme 20% de crack en plus qu'il y a deux ans, en raison de la plus grande disponibilité de la cocaïne." Un produit de meilleure qualité à Bruxelles qu'à Paris : "En France, les dealers vendent des cailloux de crack. Le produit est donc déjà transformé sans que les consommateurs ne sachent vraiment ce qu'il contient. Ici, les usagers préparent eux-mêmes leur crack, ce qui limite pas mal les risques."

"La loi anti-drogues de 1921, c'est comme si on utilisait encore le Code de la route des années 1950"

Limiter les risques liés à la consommation, c'est l'un des objectifs de ces associations. "Il faut comprendre qu'une situation idéale en termes de drogues, ça n'arrivera jamais car la société produit des inégalités et donc de la désaffiliation. C'est l'origine principale de la consommation de notre public", indique Bruno Valkeneers. Sous l'organe coupole Fedito, les acteurs de terrain demandent ainsi la décriminalisation des usagers et la mise à jour de la loi anti-drogues de 1921. "A l'époque, ça concernait principalement une élite qui usait de cannabis, d'opium et de cocaïne. La liste des stupéfiants s'est allongée par la suite mais dans le fond, la législation n'a pas été repensée depuis. C’est comme si on n’avait pas fait évoluer le Code de la route depuis les années 1950, c’est complètement absurde !"

D'autant plus absurde selon elles que la loi de 1921 constitue un frein à la mise en place de salles de consommation à moindre risque (SCMR). "Les SCMR sont mondialement reconnues comme un dispositif d'aide à la santé mais la loi ne nous permet pas d'en ouvrir. Des communes en viennent à passer outre, avec l'assurance que le parquet ne poursuivra pas, ce n'est pas logique." Une première salle de consommation devrait voir le jour cette année à Bruxelles-Ville. "On a trouvé un lieu à proximité des scènes ouvertes de consommation qui permettra aux usagers de consommer avec du matériel stérile et un accompagnement social adapté. On évalue actuellement le budget qui nous sera alloué pour voir si on ouvrira six ou sept jours semaine et combien de personnes on pourra engager. L'objectif est d'être opérationnel en 2020."