Bruxelles

Reportage dans une classe de 4e primaire qui apprend à exprimer ses émotions.

Des enfants qui courent, d’autres qui discutent sur un banc, un ballon qui rebondit. Soudain, la sonnerie retentit, signant la fin de la récréation. Les élèves se rassemblent et se dirigent vers leur classe. Une fois arrivés, ils patientent en file indienne devant la porte. Un câlin pour certains, une danse et un check de la main pour d’autres : avec Esma Saban, leur institutrice, chacun a droit à son “bonjour” personnalisé.

“Aujourd’hui, je veux savoir comment vous vous êtes sentis avant de recevoir votre bulletin.” Pas de contrôle ou de devoirs, pendant une heure, Esma veut inciter les élèves à exprimer leurs émotions et à s’écouter les uns les autres. La semaine dernière, ils sont revenus sur l’attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Ce mardi, l’institutrice a choisi de rebondir sur le bulletin, que beaucoup ont déjà reçu. “Ca peut susciter beaucoup de peur et d’émotions négatives, à cause des mauvaises notes éventuelles et de la réaction des parents. Je veux qu’on en parle pour dédramatiser les choses.”


Par groupe , les enfants choisissent une ou deux cartes qui correspondent au sentiment qu’ils ont éprouvé à l’idée de recevoir leurs points. Quand tout le monde est servi, chacun peut partager son ressenti. “Moi j’ai eu peur puis j’ai été soulagée quand j’ai vu mon bulletin”, “Moi, j’étais calme parce que Monsieur avait dit que personne n’avait d’échec.” Certains n’hésitent pas à expliquer comment ils se sentent, d’autres restent plus discrets. “Il n’y a pas de règles, je veux que cela reste fluide pour que tout le monde soit à l’aise.”

Pas de règle sauf une : l’écoute. “Il faut respecter ce que les autres déposent. Et puis, ça permet de se rendre compte qu’on n'est pas le seul à ressentir quelque chose, c’est hyper important.” Suite à ces cours, certains enfants ont commencé à écrire ce qu’ils ressentent dans un carnet, même chez eux. “Ils ont le vocabulaire des émotions et des besoins donc ils peuvent extérioriser ce qu’ils ressentent, ça fait baisser la pression.”

En classe, les élèves n’ont pas peur de se confier, “on sait que personne ne va se moquer de nous donc c’est plus facile de parler”. En rigolant, Esma compare le cours à une sorte de thérapie de groupe qui fait émerger une intelligence émotionnelle collective. “C’est parfois compliqué de formuler ce qu’on ressent, c’est plus facile quand ça vient de l’autre. Et ça crée du lien.”

Si en classe, tout le monde est unanime, en salle des profs, les avis sont mitigés. Certains instituteurs se montrent réfractaires au concept, dont ils ne voient pas l’intérêt. D’autres sont au contraire ravis de la création d’un espace dans lequel les élèves peuvent s’exprimer librement, sans être limités par des contrôles et des bulletins. Le directeur de l’école est lui aussi favorable à l’initiative. “Avec ce cours, je casse les codes, je sors du système rigide de la cotation mais ma priorité restera toujours les élèves. Tant qu’ils sont contents, je continuerai.”