Bruxelles Via la page Facebook Bruxelloise&Voilée, une série de femmes ayant opté pour le voile affichent leur attachement à Bruxelles.

Elles sont nées à Bruxelles, y ont passé leur enfance, effectué leurs études supérieures et y travaillent désormais en tant que cadres, avocates, architectes ou spécialistes en communication. Âgées de 25 à 35 ans, elles font partie de la génération Facebook, et parlent couramment le néerlandais et l’anglais, partent de temps en temps à l’étranger en voyage professionnel. Ces jeunes femmes adorent la capitale et n’imaginent pas vivre ailleurs. Mais en plus d’être dynamiques, entreprenantes et extraverties, Ihsane, Wahiba, Sarah, Inès et Yamna possèdent un autre point commun : elles ont fait le choix de porter le voile.

Un petit morceau de tissu qui continue à être très mal vu par une partie non négligeable de la population belge. Pour ses détracteurs, le voile serait ainsi le symbole du repli sur soi d’une partie de la communauté musulmane. Une idée à laquelle Ihsane et Mohamed, deux amis de 30 et 40 ans, ont décidé, en mars dernier, de s’attaquer en créant la page Facebook Bruxelloise&Voilée . Avec un objectif : expliquer au public qu’une femme voilée n’est finalement qu’une citoyenne comme une autre.

" On voulait montrer que, derrière le voile, il y a une personne qui aime comme tout le monde la musique, le théâtre, qui a des passions et un travail", explique Mohamed.

Ce metteur en scène monte et poste sur Facebook des petites capsules vidéo consacrées chaque fois à une jeune Bruxelloise voilée. "Finalement, on fréquente tous les mêmes endroits, on va tous à la Grand-Place", insiste-t-il.


Wahiba (29 ans): "Le voile ? C’est une question d’ordre privé !"

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Si cette jeune femme voilée habite désormais le quartier de Cureghem, à Anderlecht, elle a déjà séjourné deux ans aux États-Unis. Trois stages, deux à Washington et un à Chigaco, ont permis à Wahiba de maîtriser aujourd’hui parfaitement l’anglais. Au total, l’Anderlechtoise, qui a étudié en secondaire au Sint-Guido Instituut (la même école que Romelu Lukaku, ndlr), est parfaite trilingue : français, néerlandais et anglais. Un atout pour la jeune femme qui a une formation en communication-marketing. Et pourtant, explique la jeune femme, le port du voile n’a pas facilité ses études supérieures. "J’ai été amenée à finir ma formation aux États-Unis, ce qui est finalement un plus, car en marketing ils sont beaucoup plus avancés que nous !", explique Wahiba.

"J’ai choisi un secteur professionnel où le voile n’a pas sa place. Beaucoup de professeurs de communication me disaient que je ne réussirais pas", indique cette fan de hip-hop et d’Elvis Presley. "Mais on m’a donné ma chance au Claridge pour un poste dans l’événementiel. Je devais préparer des événements. Quand je devais faire face à des clients que j’avais longtemps eus en ligne, ils s’exclamaient souvent : "Ah c’est vous qu’on a eu au téléphone !" . Mais en général, c’était des réactions positives",indique-t-elle. Mais si Wahiba a pris beaucoup de plaisir à budgétiser et organiser des événements, ce que souhaite plus que tout l’Anderlechtoise, c’est travailler dans le marketing. "C’est mon coup de cœur !", raconte-elle, pétillante, se lançant aujourd’hui à la recherche du poste de ses rêves. "Ce sera un challenge", ajoute-t-elle.

Et si le port du voile est loin d’être un atout dans le secteur du marketing, Wahiba ne compte pas se laisser dicter par quiconque ses choix vestimentaires. "C’est d’ordre privé !", tranche-t-elle.


Ihsane (30 ans): "Mon foulard ? Je pensais devoir travailler à Londres"

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Avant d’obtenir son diplôme d’ingénieur de gestion à Solvay, la prestigieuse faculté des sciences économiques de l’ULB, Ihsane avait déjà signé son contrat dans une importante entreprise spécialisée dans le domaine énergétique. Depuis plus de sept ans déjà, cette habitante du quartier du stade d’Anderlecht a déjà occupé de nombreuses fonctions importantes au sein de cette société leader dans son secteur en Belgique. Toujours en portant son voile, l’Anderlechtoise est ainsi successivement passée aux postes de pricing ingenieur, de gérante de la salle des marchés de l’entreprise, de chef d’une équipe de neuf personnes répartie entre Paris et Bruxelles, et désormais de responsable commerciale. Autant de fonctions pour lesquelles cette Bruxelloise voilée utilise davantage l’anglais que le français pour s’exprimer.

Reste qu’en raison des nombreuses déconvenues rencontrées lors de son parcours universitaire, Ihsane a bien failli ne pas jamais travailler dans sa ville natale. "J’étais la première voilée à arriver en 2e baccalauréat à Solvay, et certains professeurs ne semblaient pas habitués. J’ai eu quelques remarques me disant que je ne trouverais jamais de travail avec mon voile. Plus tard, en dernière année, lorsque les étudiants rencontraient les potentiels employeurs, on m’a dit la même chose. J’étais donc persuadée que je ne trouverais jamais de job. J’avais déjà signé un contrat à Londres…", explique cette jeune maman.

Au mois de mars , la chance va enfin tourner en faveur d’Ihsane. Alors qu’elle organise un événement sponsorisé par son actuel employeur, la jeune femme séduit sans s’en rendre la responsable des ressources humaines, qui va l’inciter à faire acte de candidature. "C’est un travail passionnant", sourit Ihsane.