Bruxelles Un témoignage à visage découvert dans la presse de jeudi a rappelé une réalité dérangeante pour les autorités régionales

"C’était en 2013. On a travaillé quelques mois sur le chantier de rénovation de la station métro Arts-Loi. On était engagé par un sous-traitant, qui officiellement nous chargeait de faire du nettoyage. Dans la réalité, on faisait chaque fois appel à nous pour des travaux que les travailleurs régularisés ne voulaient pas faire. On a fait des travaux de démolition et de décapage, on a creusé le tunnel", explique Mohamed, un sans-papiers de 34 ans. Un témoignage que ce Marocain, qui a vécu à la Voix des Sans-Papiers, un squat molenbeekois rendu célèbre en 2015 par la grève de la faim de certains occupants et désormais fermé, que nos confrères de BX1 et de Sudpresse ont dévoilé cette semaine. Un témoignage à visage découvert qui a sans doute embarrassé quelque peu les autorités régionales.

Si l’exploitation des sans-papiers sur un certain nombre de chantiers de la capitale est une réalité bien connue, elle semble encore plus révoltante lorsque ces chantiers de construction sont publics. C’était le cas des travaux de rénovation de la station de métro Arts-Loi, dont était chargé Beliris pour le compte de la Stib. "Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) et le ministre bruxellois de l’Emploi Didier Gosuin (Défi) refusent d’écouter et ferment les yeux sur la situation", déplorait ainsi jeudi la CSC Bruxelles.

Ce vendredi, la députée bruxelloise Zoé Genot (Ecolo) a interpellé Didier Gosuin (Défi) sur le sujet, lui demandant avec insistance de faire de la lutte contre la fraude sociale une priorité. "Grâce à la dernière réforme de l’État, vous avez des nouveaux outils que vous pouvez utiliser ! Il vous faut insister auprès du procureur du Roi pour que cela soit une priorité", s’est indignée l’élue Ecolo. "C’est une compétence fédérale et je ne suis pas tenu au courant du suivi des procès-verbaux de nos inspecteurs régionaux", lui a rétorqué le ministre bruxellois, précisant qu’un contrôle du chantier survenu en 2015 n’avait rien détecté d’illégal.

Pour le journal indépendant Médor, qui est sur le point de sortir un dossier sur le sujet, le cas de Mohamed est loin d’être isolé. "Contrairement à ce que pourraient nous faire penser les déclarations de M. Gosuin ainsi que le discours de Beliris, tout n’est pas sous contrôle… En 2013, le cas de Mohammed n’était pas connu, des sans-papiers ont travaillé des mois sur le chantier et Beliris n’en était pas informé", indiquait ainsi vendredi Médor, sur sa page Facebook.

Et de livrer une précision importante faisant suite aux déclarations de la porte-parole de Beliris selon laquelle "l’entrepreneur a décidé de rompre toute collaboration avec ce sous-traitant" : c’est vrai sur ce chantier. Mais il l’a réembauché sur un autre en 2016, note le journal. De son côté, Mohamed, qui indique avoir également travaillé pour un chantier de Vivaqua et à la Gare du Nord, travaille actuellement toujours en noir. "Il faut bien que je gagne de l’argent. Ces jours-ci, je suis chez des particuliers", indique-t-il.

Une vingtaine d’inspecteurs régionaux pour 700.000 travailleurs

"En 2015, il y a eu plus de 2.000 interventions de l’Inspection régionale de l’Emploi en matière de main-d’œuvre étrangère. Ces interventions regroupent tant des contrôles sur place que des contrôles administratifs. Il y a eu notamment plus de 1.600 auditions de travailleurs et employeurs dans ce cadre et 233 PV ont été dressés dont 202 pour absence de titre de séjour et de permis de travail.", a fait savoir vendredi le cabinet du ministre bruxellois de l’Emploi Didier Gosuin (Défi), alors qu’un sans-papiers ait expliqué avoir travaillé illégalement sur le chantier de rénovation d’Arts-Loi. À l’heure actuelle, la Région dispose d’un service d’inspection composé de 22 collaborateurs, nous indiquait récemment Didier Gosuin.