Bruxelles Molenbeek, Saint-Gilles, Anderlecht, Schaerbeek et la Ville de Bruxelles se partagent un budget fédéral de 475.000 €.

Dans les mois à venir, les communes de Molenbeek, Saint-Gilles, Anderlecht, Schaerbeek et Bruxelles-ville, particulièrement touchées par le phénomène de radicalisation de certains de leurs habitants, vont procéder au recrutement d’un certain nombre de travailleurs sociaux et d’experts en radicalisme et davantage préparer leur personnel de terrain, mais aussi organiser des actions d’information à destination de leur population. C’est principalement ainsi que ces cinq entités ont décidé de dépenser, nous ont-elles fait savoir, l’argent promis, en septembre dernier, par le ministre fédéral de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) afin de renforcer la lutte contre le radicalisme au niveau local.

Il y a six mois, Jan Jambon annonçait qu’il débloquait un million d’euros au bénéfice de dix communes et villes belges particulièrement touchées par le radicalisme, parmi lesquelles : Molenbeek (150.000 €), Schaerbeek (100.000 €), Anderlecht (75.000 €) et Bruxelles-ville (75.000 €). À charge pour chaque entité concernée de faire parvenir un document précis expliquant comment chaque denier fédéral serait dépensé. Finalement, cinq autres localités belges seront ajoutées, un mois plus tard, sur la liste des bénéficiaires, dont une bruxelloise : Saint-Gilles (75.000 €).

Depuis peu, les cinq communes de la capitale ont vu leurs dossiers être évalués positivement par le fédéral. Seule la commune d’Anderlecht, dont le dossier est déjà passé devant le conseil communal, a été payée. Du côté des quatre autres entités, le dossier passera très prochainement au conseil communal, à l’instar de Molenbeek, pour qui ce sera le cas ce mercredi 23 mars. Au total, les communes bruxelloises toucheront ensemble 475.000 € en 2016, sans qu’elles ne sachent toutefois si l’enveloppe sera reconduite les années suivantes.

À Molenbeek, un peu plus de la moitié des 150.000 € permettront l’engagement pour un an de deux travailleurs sociaux. Ceux-ci pourraient servir de référent radicalisme pour les maisons de quartiers et autres partenaires de la prévention. À noter : les 15.000 € prévus pour des projets permettant aux jeunes en voie de radicalisation de valoriser l’image qu’ils ont d’eux, les 20.000 € prévus pour renforcer l’expertise locale grâce à la venue de différents spécialistes venant du monde académique, mais aussi la volonté affichée d’aider davantage les familles concernées.

Que ce soit à Anderlecht ou Saint-Gilles, l’entièreté des 75.000 € sera à chaque fois engloutie dans le recrutement d’un expert de prévention de niveau universitaire. "Sa mission sera principalement d’accompagner les familles des personnes en voie de radicalisation" , explique-t-on du côté d’Anderlecht. "Nous, contrairement à Anderlecht, nous n’avions pas encore de fonctionnaire de prévention contre le radicalisme. Nous allons donc en engager un. Il sera chargé de coordonner la politique de prévention", explique la commune de Saint-Gilles.

Du côté de la Ville, en revanche, aucun recrutement n’est prévu. "On va utiliser les 75.000 € pour renforcer les outils existants, et nos cinq axes de travail principaux", nous explique-t-on. Parmi ceux-ci, se trouvent les actions de sensibilisation du public, les projets se focalisant sur les quartiers les plus vulnérables, les processus de déradicalisation, ou encore le renforcement de la formation du personnel le plus confronté au phénomène.

À Schaerbeek, on confirme qu’il s’agira de mesures similaires à celles menées dans les quatre autres communes. " De toute façon, et on est tous d’accord là-dessus. Il faudra espérer que le fédéral pérennise les financements. Une politique de prévention ne se fait pas sur un an", insiste-t-on du côté de la Cité des Ânes.


Prévention: Forest n’a pas été aidée

Faisant partie de la zone du croissant pauvre, c’est-à-dire du groupe de communes qui jouxtent le canal et dont une partie de la population est particulièrement paupérisée, Forest n’a pas échappé à l’actualité récente liée aux problèmes de radicalisation. C’est ainsi que des perquisitions ont été menées mardi dans une habitation chaussée de Neerstal et abritant Salah Abdeslam, le complice des auteurs des attentats du 13 novembre. Pourtant, Forest ne possède actuellement aucun expert en radicalisation et n’a également bénéficié d’autres subsides fédéraux pour sa politique de prévention. "On est évidemment demandeur de moyens. Je me rappelle qu’une ASBL voulant aider des jeunes en difficulté nous a récemment demandé un local. On n’a pas pu leur fournir", explique le bourgmestre forestois Marc-Jean Ghyssels (PS).


Des montants insuffisants et qui ne sont pas pérennisés

La commune de Molenbeek, qui reçoit 150.000 € alors qu’elle estimait ses besoins à un million d’euros, ou encore la Ville de Bruxelles (170.000 habitants) qui reçoit 75.000 €, soit autant que Saint-Gilles (50.000 habitants), et bien moins que Vilvorde (40.000 habitants), qui perçoit 125.000 €. La répartition et l’importance des montants prévus par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), avec son projet visant à renforcer les communes dans leur lutte contre la radicalisation pose quelques questions. Si les cinq entités bruxelloises bénéficiaires du projet indiquent être ravies de voir leurs moyens financiers renforcés - ne voulant pas cracher dans la soupe - chacune estime que les montants alloués sont insuffisants et répartis parfois sans aucune logique. Et surtout, insistent les communes concernées : il faut absolument que le fédéral pérennise les moyens alloués en 2016. "Un travail de prévention ne se fait pas sur un an. Même s’il s’agit de circonstances exceptionnelles, le problème ne sera pas résolu en six mois", souligne-t-on du côté du cabinet du bourgmestre Bernard Clerfayt (DéFi).