Le secteur de la toxicomanie craint pour la santé de son public, fragilisé par le confinement.

En première ligne face à la précarité, le secteur de la toxicomanie accuse le coup face au coronavirus. Les mesures de distanciation sociale et le manque de moyen l’obligent à réduire son champ d’action. À Bruxelles, l’ASBL Transit n’assure par exemple plus les repas de midi qui rassemblaient quotidiennement une quarantaine de personnes. Avec les moyens du bord, elle poursuit ses services de réduction des risques, d’accompagnement et d’hébergement. "En tant que travailleurs sociaux, on fait face à un dilemme éthique : aider une population précaire que la situation actuelle rend encore plus vulnérable ou se protéger soi, ses proches et les autres, explique le porte-parole de l’association . Ce n’est pas facile mais on tourne du mieux possible, en réorganisant les équipes pour qu’elles puissent respirer."

Bruno Valkeneers note que les usagers de drogue qui fréquentent l’ASBL ont désormais conscience du risque. "Au départ, le coronavirus n’était pas leur préoccupation principale. Mais ils ont désormais bien intégré le risque et acceptent les mesures mises en œuvre." Il s’inquiète en revanche de l’évolution des canaux d’approvisionnement dans un contexte où les sorties sont contrôlées. Si les usagers festifs achètent désormais leurs produits sur le Net où les prix ont augmenté, les usagers les plus précarisés risquent de se tourner vers le marché noir. "Pour le moment, la situation semble assez stable mais il nous revient qu’il y aurait une pénurie de certaines molécules licites dans les pharmacies."

Autre association active dans le secteur, Modus Vivendi joue le rôle de centrale d’achat pour les comptoirs de réduction des risques. "Ils sont dans des situations terribles parce qu’ils n’ont pas le matériel nécessaire pour faire leur travail. Or ils s’adressent à des publics très précarisés. Le confinement rend les usagers plus visibles, plus isolés et leur coupe l’accès à la nourriture. Certains souffrent de pathologies assez graves, comme des hépatites, on se demande dans quel état on va les retrouver une fois que le virus sera passé", déplore la directrice de l’ASBL Catherine Van Huyck.

Le confinement a par ailleurs empêché certains usagers d’entrer en cure, d’avoir accès à un traitement. "Le secteur est en train de s’organiser : certaines associations se regroupent pour pouvoir donner des prescriptions de plus longue durée aux usagers. Mais il est clair que cela ne suffit pas parce qu’on ne peut plus garantir le lien social et le suivi habituel."

Selon les associations, la stratégie gouvernementale "s’applique très bien au commun des mortels mais pas pour les autres". "Il y a vraiment une violence dans la communication officielle, estime Catherine Van Huyck. Comme si tout le monde avait une maison avec jardin et pouvait organiser son confinement tranquillement. C’est un message très dur que se prennent et se reprennent les sans-abri et avec lequel ils ne savent rien faire puisqu’ils n’ont pas de chez eux." L’identification des symptômes pose également question. "Les personnes qui vivent en rue toussent toute l’année. Il n’est pas rare qu’elles développent des maladies pulmonaires. Pour ce public, les symptômes habituels ne sont pas forcément pertinents", ajoute le porte-parole de Transit.

Enfin, le manque de matériel est pointé du doigt. "Le secteur de la toxicomanie n’a pas été jugé prioritaire donc on a reçu le premier arrivage de masques seulement vendredi dernier", regrette Catherine Van Huyck. Mais les services d’aide ont aussi besoin de gants, de gel et de blouses à usage unique. "Les tests sont une priorité. Ce serait un beau filet de sécurité qui rassurerait les usagers et le personnel", conclut Bruno Valkeneers.