Ses voisins : "Daniel a forcément ouvert à quelqu’un qu’il connaissait ou avait la clé."

À cause de la haie, Dominique Hoste a une vue partielle, depuis sa cuisine, sur le numéro 12 de la rue Homère, la maison du crime.

Cette maison, dans la cité-jardin de Moortebeek à Anderlecht, est celle où Daniel Vander Meuter, 89 ans, a été tué y a quinze jours. Rien ne filtre dans l’enquête pour laquelle le parquet vient de faire diffuser un appel à témoins invitant toute personne ayant connu le vieux monsieur ou qui aurait remarqué des agissements suspects à proximité de son domicile la veille des faits, soit le samedi 5 octobre, à se manifester (0800 30 300).

Dominique Hoste, 62 ans , croisait régulièrement son voisin d’en face. "À chaque fois que je sortais mon chien et qu’il se trouvait sur le pas de sa porte. Je dirais que Daniel était un peu bourru, comme on peut l’être à cet âge. Et sourd : sa voisine qui va elle aussi sur ses 90 ans se plaignait parfois du volume de sa musique, qu’il mettait à fond sans probablement s’en rendre compte. Daniel était surtout très affecté par le décès de son épouse bien qu’il ait perdu sa femme il y a plus de dix ans. Il me parlait souvent de son épouse, pour laquelle il avait du chagrin."

Depuis le drame, qui reste inexpliqué, "je n’entends dire que du bien. Mon voisin avait travaillé dans un atelier de bijouterie du côté de l’avenue Molière et avait continué bien après l’âge de la retraite".

Daniel Vander Meuter comptait parmi les anciens de la cité-jardin. "Il habitait ici depuis certainement plus de trente ans. Vous ne trouverez personne avec qui il se serait querellé. À 89 ans, il gardait une forme étonnante. Il conduisait. Vous verrez sur sa voiture des plaques qui datent d’il y a longtemps. C’était un homme d’habitudes. Je le voyais toujours partir dans la même direction. Il partait vers la chaussée de Ninove, jamais dans l’autre sens. Il s’occupait lui-même de son jardin, qui n’est pas un petit jardin. Il taillait sa haie. Pour un homme de 89 ans, Daniel était plein d’énergie. De là à dire qu’il était physiquement apte à se défendre ?"

Selon l’enquête, Daniel Vander Meuter, qui vivait seul, a dû être tué (de trois (?) coups de couteau) le samedi 5 octobre. "Dans mon souvenir, je l’avais vu le mercredi en tout début de matinée. Il était en pyjama, dans le jardinet, devant chez lui. Un peignoir gris. Je passais avec Duc. On s’est salués. Il m’a parlé d’un sapin qui le tracassait au fond du jardin. Il l’avait planté il y a des années. Le sapin est devenu immense. Il craignait qu’une tempête le fasse tomber sur son toit. Ses derniers mots ont été : ‘Allez, c’est l’heure, je vais me laver.’"

La cité Moortebeek, qui compte des dizaines de maisons, vit dans l’inquiétude. "Le quartier date des années 1920. On a beaucoup d’habitants âgés. On se connaît tous. C’est un quartier où l’on se sent bien. Depuis quinze jours, on ne dort plus tranquilles."

La nuit du samedi 5 au dimanche 6, Dominique Hoste et son épouse, qui étaient sortis, n’ont cependant rien observé de particulier. Bien que proche voisin, le couple n’a pas été interrogé. "Qu’aurions-nous à dire ?"

La rumeur du quartier fait état d’un incident survenu trois semaines plus tôt pour une question d’argent. "J’ai aussi entendu cette rumeur qui circule."

Sur le côté de la maison, la porte d’entrée n’a pas été forcée. "Or, la porte est pourvue d’une fenêtre placée à hauteur d’homme. Faut-il penser que Daniel a ouvert à quelqu’un qu’il connaissait ou qui possédait la clé."

A-t-il crié ? "La voisine n’a rien entendu." La dame, il est vrai, est âgée de 87 ans. Et c’est celle à qui il arrivait de se plaindre de la musique.