« Moi, je vois ça comme une vraie plaine de jeu ». Il sourit dans sa longue barbe poivre et sel, Mr X. Une plaine de jeu dans le quartier résidentiel de l’Altitude 100 à Forest, c’est vrai que ça manque. Et que dire d’un espace couvert pour le street-art, vraie lacune jusqu’ici dans tout Bruxelles ? On comprend mieux la mine satisfaite de l’artiste devant cette grosse dizaine de mètres carrés de briques qu’il a repeints en fuchsia et turquoise, y intégrant un visage lunaire et deux serpents plutôt vénères. « En dehors du domaine des galeries, un tel espace d’échange et de promotion des artistes du graffiti belge, ça n’existait pas ». 

© Julien Rensonnet 

Désormais, Bruxelles peut compter sur les 800m2 de l’Urban Art Center. Le collectif Propaganza, qui regroupe 35 artistes et autour duquel en gravite une bonne cinquantaine, s’offre cet ancien garage pour ses 10 ans. Lors du week-end d’ouverture, les « murs d’expression libres » ont tous été recouverts par les talents de l’équipe alors que quelques toiles, planches de skate, blocs de béton et tôles ondulées sont accrochées aux cimaises de cette première expo au 208 rue Roosendael. 

«Contrairement aux galeries où ce sont toujours les mêmes noms qui tournent, on exposera les artistes émergents, talentueux mais encore peu connus », promet Julien Piloy, fondateur de Propaganza. «On se donne un rôle d’incubateur : l’objectif, c’est aussi de faire venir les galeristes ici».

© Julien Rensonnet 

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Cet innovant centre d’art urbain ouvrira d’abord les jeudis, vendredis et samedis entre 14 et 18h. Les graffeurs, débutants ou confirmés, se fourniront en bombes au Molotow Store avant de s’exercer sur ses immenses murs d’expression libre. Les plus anciennes œuvres seront ainsi recouvertes par les nouvelles dans un cycle infini. « En tant que graffeur, on a besoin de s’entraîner », détaille Julien Piloy. « Sans un tel lieu, on se rabat sur les squats ou les friches industrielles. Et en Belgique, ça reste une discipline saisonnière : on peint pas de novembre à février. Ici, c’est couvert. Et on aura des canons à chaleur l’hiver ». Autre avantage: « On peut peindre des projets de plus longue haleine, sur plusieurs jours. Alors qu’en extérieur, on risque toujours une détérioration ». 

© Julien Rensonnet 


Pour l’ASBL, l’investissement sur fonds propres est « colossal ». D’autant plus que les deux ans de Covid ont réduit les commandes de fresques telles que celles que Propaganza a peintes rue de Namur, chaussée de Boondael ou dans les gares de Vivier d’Oie, Stalle ou Calvoet. Alors dans l’attente de subventions pour son centre, le collectif vivra sur les teams buildings d’entreprise. « De quoi payer les frais ». Des initiations payantes sont aussi prévues chaque week-end. Ce qui pourrait voir naître des artistes en herbe.

À propos d’herbe, les nouveaux locataires de l’ancien garage ont failli l’appeler « la plantation ». Cocasse : « les précédents occupants y tenaient une culture de cannabis. Les mecs se sont fait serrer. C’était professionnel vu les 2,5 tonnes de terre et 1.000 pots qu’on a dû dégager ». Si des vapeurs s’élèvent encore de l’endroit, ce sont celle de la peinture fraîche. 

© Julien Rensonnet 

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