Les arrestations de 232 personnes dont 86 mineurs qui ont suivi la manifestation contre la justice de classe le 24 janvier dernier ont fait couler beaucoup d’encre. La police assure avoir suivi un protocole bien précis.

Il y a toujours eu des émeutes à Bruxelles. La police parvient à les circonscrire mais pas à les empêcher. Quelle est votre recette miracle ?

Aline Lefèvre (A. L.) "On parvient peut-être à les empêcher tous les jours… Il y a beaucoup d’événements ces dernières semaines qui auraient pu très mal tourner et notre approche a permis d’anticiper tout débordement. Au regard de ce qui n’arrive pas, je pense qu’on est dans le bon. Il suffit de regarder ce qui s’est récemment passé à Liège ou Schaerbeek…"

À propos de Liège, y a-t-il eu des Bruxellois impliqués ?

Daniel Van Calck (D. V. C.) "Je ne sais pas comment on a su qu’il y avait des Bruxellois sur place vu que seules 10 personnes ont été arrêtées. On ne peut pas le confirmer ni l’infirmer, mais c’est plausible puisque les casseurs sont très mobiles avec les réseaux sociaux. Pour l’heure, aucun nom de Bruxellois ne nous a été rapporté."

Par rapport aux débordements place Liedts, comment éviter à l’avenir que le Roi ne se retrouve dans des échauffourées ?

"Avec le Roi, il y a eu un problème de communication mais cela ne devrait plus arriver car le service du Palais royal est désormais impliqué dans nos réunions."

Ce n’était pas le cas avant ?

"On avait déjà une ligne de communication mais les relations ont été améliorées."

Lors des manifestations, comment faire la part des choses entre les personnes de bonne ou de mauvaise foi ?

D. V. C. "C’est l’une des principales difficultés. Je sais que beaucoup de gens ne sont pas d’accord mais le 24 janvier, lors de la manifestation contre la justice de classe, nous avons empêché les émeutes en encerclant tout le monde. Les manifestants nous disent qu’ils n’avaient rien fait de mal, mais nous on ne sait pas qui compte casser ou non… Contrairement à ce que certains rapportent, on a communiqué à maintes reprises pour demander une dispersion car les règles sanitaires n’étaient pas respectées. Les gens n’ont pas obtempéré et nous avons donc décidé d’intervenir."

Où en est l’enquête des jeunes qui disent avoir été malmenés dans les casernes d’Etterbeek suite à cette manifestation ?

D. V. C. "L’enquête suit son cours. Les seules confrontations qui ont eu lieu se sont déroulées dans les cellules car les jeunes étaient en train de les démolir. Nous n’arrêtons pas de plaider pour l’installation de caméras dans les cellules de la police fédérale afin d’objectiver les faits. Le complexe cellulaire d’Etterbeek dépend du fédéral et donc de la Régie des bâtiments. Un dossier a été introduit pour lancer le marché public."

Existe-t-il un problème de racisme structurel au sein de la police ?

A. L. "À mon sens, non. La police est une des institutions les plus démocratiques qui existe. Je ne vais pas vous dire qu’il n’y a pas un seul policier raciste en Belgique et à Bruxelles, mais il ne faut pas faire d’amalgame en disant que tout le corps est raciste."

Comment se fait-il qu’il y a si peu de Bruxellois qui travaillent dans les zones de police de la capitale ?

D. V. C. "À l’époque, la grande majorité des policiers vivaient dans les 19 communes mais désormais, trop peu de candidats réussissent les tests. C’est notamment la raison pour laquelle nous avons un projet avec des cadets volontaires afin d’avoir plus de Bruxellois qui travaillent dans la police."

© BAUWERAERTS DIDIER

Aline Lefèvre à la tête des interventions

Suite à la suspension temporaire du commissaire Vandersmissen survenue en septembre dernier, c’est Aline Lefèvre qui a été désignée pour prendre les rênes de la direction des interventions le temps de l’enquête. "J’ai été cinq ans commandant de peloton dans l’unité que je dirige actuellement. Après, je suis partie pendant trois ans pour diriger le service des renseignements généraux où nous avions une approche plus globale des événements et manifestations, et depuis 2009, je suis de retour à la direction des interventions", explique Aline Lefèvre. Ce qui l’anime dans son job ? Le côté humain. "On se réinvente en permanence, on doit être hyper créatif et réactif. C’est un métier profondément social et humain, on est tout le temps dans l’interaction avec plein de gens de milieux sociaux différents, une vraie expérience humaine," conclut-elle.