Bruxelles La jeune fille de 15 ans est un des cas, nombreux mais pourtant peu connus, d’enfants ayant dû aider leurs parents malades.

À l’été 2013, Nicole, 35 ans, est soudainement victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) tandis qu’elle passe l’après-midi chez sa maman. Un choc aussi violent qu’inattendu qui va amener cette dynamique mère de famille à passer les cinq mois suivants à l’hôpital, puis cinq autres consacrés à une rééducation totale à la maison. " Je ne me souvenais plus de rien. Je ne reconnaissais plus personne, je ne savais plus lire, écrire et parler" , confie-t-elle aujourdhui. Cette année-là, malgré elle, Déborah, sa fille de 15 ans, portera des responsabilités plus lourdes qu’il ne faudrait sur ses épaules d’adolescente.

S’occupant des lessives, du ménage, des courses, de la préparation des repas pour son frère et sa sœur, Déborah aide aussi sa maman à réapprendre à parler, ratant ses cours pour l’emmener à l’hôpital. Sans le savoir, l’adolescente est alors devenue une jeune aidante proche, une expression désignant un phénomène qui existe depuis toujours, mais dont les secteurs de l’enfance et de la santé, mais aussi le monde politique (voire ci-contre) commencent seulement à prendre conscience.

Alors que Déborah entame sa 3e année secondaire, la jeune fille doit combiner ses cours avec ses responsabilités improvisées de cheffe de famille. La situation ne devient pas plus facile à vivre lorsqu’en janvier, sa maman revient à la maison. C’est que Nicole est loin d’avoir retrouvé toutes ses facultés. Un peu perdue, elle doit tout réapprendre : parler, écrire, lire ou encore reconnaître son chemin.

Progressivement, Deborah perd sa joie de vivre et se met à l’écart à l’école. "J’avais le sentiment que personne ne pouvait comprendre ce que je vivais", se souvient-elle. Et alors que sa maman se met au fil des mois à revivre et à retrouver ses facultés, sa fille s’enfonce, elle, dans un profond mal-être qu’elle tente de cacher à son entourage.

L’année suivante sera celle du retour de boomerang pour Deborah. Alors que sa mère, désormais rétablie, ne se doute de rien, sa fille, qui a pris sur elle si longtemps, explose à l’école. L’adolescente, désormais âgée de 16 ans et en 4e année, est méconnaissable : elle devient très agressive et se met à accumuler les mauvaises fréquentations. "J’étais devenue méchante", explique, avec ses mots, la souriante jeune fille, qui passe plus de temps dans la rue avec de petits voyous et des dealers qu’avec ses camarades de classe. À l’école, on veut convoquer sa mère, mais l’ado assure que celle-ci est trop malade pour se rendre sur place.

Une dangereuse descente aux enfers dont Deborah pourra finalement se sortir grâce à l’obstination d’une enseignante tenant fort à elle. La convoquant dans sa classe, la professeur lui demande d’expliquer ce qui est en train de se passer. "Je lui ai dit que je n’avais rien à dire, mais elle m’a dit qu’on ne quitterait pas la classe avant que je parle. Je croyais qu’elle allait lâcher l’affaire rapidement, mais on est resté en classe deux heures. Soudain, j’ai craqué et je lui ai expliqué tout ce que j’avais vécu", explique Deborah.

Les jeunes aidants proches - ces mineurs qui aident en silence un de leurs proches malades- représente un phénomène dont les spécialistes prennent aujourd’hui la mesure. C’est ainsi que le Parlement francophone bruxellois a organisé jeudi, une journée d’étude consacré au sujet, durant laquelle Déborah a partagé son expérience personnelle.

Les députés bruxellois se penchent sur le phénomène

Les jeunes aidants proches ? Une expression que peu de personnes connaissent aujourd’hui, car le phénomène vient tout juste d’être découvert. Pourtant pas moins de deux enfants par classe seraient concernés. "Tout le monde connaît quelqu’un, parfois sans le savoir, qui est un jeune aidant proche", résume le député bruxellois Fabian Maingain (Défi), qui est à l’initiative de la journée consacrée aux jeunes aidants proches au Parlement bruxellois ce jeudi.