Pour la régionale bruxelloise d'Ecolo, la décolonisation de l'espace public doit s'ancrer dans les politiques locales pour être au plus près des citoyens.

Déboulonner ou pas les statues, la question est sur toutes les lèvres depuis plusieurs semaines. Pour Ecolo, la question doit se régler au cas par cas mais ne doit surtout pas devenir le centre du débat. "Il faut sortir de ce débat pour lutter efficacement contre le racisme et les discriminations avec des actions concrètes. Il ne s'agit pas de faire disparaître toutes les statues mais de leur faire prendre une autre place, notamment en les retirant de leur piédestal", explique la co-présidente régionale du parti Marie Lecocq.

"Nous devons réfléchir à une manière de faire de l'espace public un outil de cohésion sociale. Certains jeunes adoptent aujourd'hui des positions radicales car ils sont exaspérés de voir leurs parents trimer et subir des discriminations. Pour éviter cette crispation, il est indispensable de mener un travail de fond", complète Kalvin Soiresse, député bruxellois.

Du fond, c'est-à-dire de la contextualisation et de la transmission d'informations. "L'outil le plus important qui a percolé dans les consciences sont les visites guidées décoloniales. Elles permettent à un large public de s'informer sur les près de septante références bruxelloises glorifiant la colonisation du Congo. Cet outil d'éducation doit être développé, notamment via la formation de guides,  pour répondre à la demande des citoyens et des écoles."

Déjà organisées dans des communes comme Ixelles ou Schaerbeek, ces balades décoloniales se développent aussi à Etterbeek, où elles auront lieu durant l'été et l'automne à destination du personnel communal, des écoles et des habitant(e)s. Récemment, la commune a également remplacé temporairement les noms de rues coloniaux par des noms de femmes ayant lutté, ou non, contre la colonisation. 

"Notre espoir est que ces plaques prennent, à terme, la place des anciennes, ce qui permettrait d'enlever les noms de personnes ayant commis des actes abjects tout en n'occultant pas le passé colonial de la Belgique et en mettant en avant des femmes ayant œuvré pour la décolonisation", indique l'échevin de l'Espace public et de la Cohésion sociale Karim Sheikh Hassan qui précise qu'il n'a jamais autant reçu de retours sur un projet, autant positifs que négatifs.

De son côté, Watermael-Boitsfort marquera symboliquement l'anniversaire des 60 ans de l'indépendance du Congo le 30 juin prochain en hissant le drapeau congolais sur la façade de la maison communale. A Ixelles, certaines festivités ont dû être annulées en raison de la crise sanitaire. 

Pas de grand rassemblement et pas d'excuse non plus. "Demander à l'Etat belge de présenter ses excuses au Congo n'a pas de sens à l'heure actuelle. Il faut d'abord mener des actions concrètes pour informer les citoyens sur l'histoire coloniale de la Belgique, donner accès aux archives et repenser notre espace public."