La famille d'Adil, un jeune de 19 ans décédé après une course-poursuite avec la police en avril dernier, rappelle, dans un communiqué lundi, que contrairement à ce qui a pu être dit, l'enquête n'est pas clôturée. Jeudi, le parquet de Bruxelles a annoncé qu'il demandera le non-lieu pour les policiers. La partie civile a néanmoins encore la possibilité de demander des devoirs d'enquête complémentaires devant la chambre du conseil, instance qui décidera d'un renvoi ou non du dossier en correctionnelle.

La famille d'Adil se demande dès lors pour quelle raison le parquet de Bruxelles a choisi de communiquer sur le dossier, avant l'audience en chambre du conseil. "Pourquoi le parquet du procureur du Roi communique-t-il sa position alors qu'il n'y a encore aucune date d'audience fixée devant la chambre du conseil ? Pourquoi précisément en cette période où sont attendues des décisions concernant les morts de Lamine, Mehdi et Mawda, dans lesquelles la police est impliquée également ? S'agit-il d'une stratégie de communication ?", s'interroge la famille.

"Notre avocat nous a expliqué que le Code d'instruction criminelle stipule que 'le procureur du Roi peut, de l'accord du juge d'instruction et lorsque l'intérêt public l'exige, communiquer des informations à la presse'. A l'heure où cette communication du parquet de Bruxelles a provoqué des incidents à Anderlecht et l'arrestation de dizaines de jeunes qui manifestaient leur incompréhension face à ce qui a été présenté par une certaine presse comme une décision de justice innocentant les policiers, nous demandons au procureur du Roi de démontrer qu'il a obtenu l'accord du juge d'instruction pour cette communication et qu'il justifie l'exigence de 'l'intérêt public'", déclarent les proches du jeune homme décédé.

"Des questions se posent toujours et nous avons besoin de réponses. Adil était un enfant, il pouvait être l'enfant de tout le monde."

"Nous gardons l'espoir d'un procès public et pourtant, aujourd'hui, nous avons le sentiment d'une seconde injustice. Depuis le début, nous avons refusé des interviews pour laisser de l'espace et de la discrétion à l'enquête. Nous avons appelé au calme lors des premières révoltes à Anderlecht. Nous avons mis tout notre espoir dans la justice et pourtant...", déplorent-ils. "Des questions se posent toujours et nous avons besoin de réponses. Adil était un enfant, il pouvait être l'enfant de tout le monde. Le besoin de vérité et de justice, tout le monde le ressentirait également."

Jeudi, le parquet de Bruxelles a informé avoir tracé un réquisitoire de non-lieu pour absence de charges suffisantes "à l'encontre des protagonistes du dossier et notamment du conducteur du véhicule de police", dans le cadre de l'enquête sur le décès d'Adil. Le juge d'instruction, qui avait été désigné pour enquêter du chef d'homicide involontaire, a conclu qu'aucune infraction pénale n'a été commise, se basant notamment sur le rapport de l'expert automobile.

Vendredi, de nombreuses personnes se sont rassemblées place du conseil à Anderlecht pour protester contre cette décision. Des incidents, notamment des jets de projectiles et des incendies volontaires, ont eu lieu.

Le 10 avril 2020 vers 21h, Adil, un jeune Anderlechtois de 19 ans, est décédé après avoir heurté un véhicule de police avec son scooter. Quelques minutes plus tôt, il avait fui un contrôle de police. Une seconde patrouille était alors arrivée en voiture face à lui, pour l'intercepter.

Selon l'enquête, c'est le scooter qui a effectué un dépassement et s'est trouvé face à la voiture de police qui circulait à faible allure.