En 2017, deux jeunes sont morts lors d’une course-poursuite en scooteur avec la police. Le parquet a fait appel à la décision du tribunal jugeant qu’il y avait des éléments suffisants pour qu’un dossier soit ouvert, portant l’affaire à la chambre de mise en accusation. Un camouflet pour Samira Benallal, la tante de Sabrina, « il n’y a pas de débat à avoir, si même la justice reconnaît que l’intervention était disproportionnée par rapport aux faits commis (des chaussures non-adaptées et un clignotant omis, NDLR), les responsables doivent être jugées, même s’ils sont policiers. »

Les faits remontent à mai 2017. La police a voulu contrôler Ouassim (24 ans) et Sabrina (20 ans) qui circulaient sur un scooteur. Les forces de l’ordre ont entamé une course-poursuite, un véhicule de police a rejoint l’opération en se positionnant sur la trajectoire des deux jeunes. Ces derniers ont alors percuté la voiture avant de trouver la mort.

Pour l’avocate de la famille de Sabrina, Maître Joke Callewaert, il s’agit là d’un coup dur pour ses clients, et de la prolongation d’un dossier déjà trop long. « On est reparti pour une attente assez longue. Environ treize mois de plus. La maman de Sabrina est dévastée, on demande toujours à avoir des comptes. C’est très très lourd. »

L’avocate pointe même le parquet du doigt en accusant celui-ci de gagner du temps. « Le parquet essaye par tous les moyens possibles d’éviter le débat devant le tribunal. » Ce n’est pas pour autant que la femme de loi perd espoir. « Ce qui est positif, c’est que la chambre du conseil a déclaré que le risque encouru par la course-poursuite était bien disproportionné par rapport au contexte. C’est pourquoi il faut une inculpation. »

Du côté de la famille de Sabrina, qui a lancé l’alerte sur la page Facebook « Vérité et justice pour Sabrina et Wissam » mercredi, on fait aussi part de son indignation. « En faisant appel, le Parquet pousse l’impunité des policiers à l’extrême, alors que son rôle est pourtant de poursuivre les auteurs d’infractions. » Samira Benallal tient à faire passer le message que « nul n’est au-dessus des lois, un policier doit être jugé comme tout le monde. » Il n’est d’ailleurs pas exclu que certaines actions de revendications aient lieu dans les semaines à venir, ce que préconise également l’avocate. « C’est difficile d’avoir confiance, le que ça soit le parquet qui fasse cet appel montre bien qu’il refuse le débat, et que les policiers ont une part de responsabilité dans cette affaire. Et le fait qu’il n’y ait pas de débat augmente le sentiment d’impunité et la frustration. » Les raisons de l’appel n’ayant pas encore été communiquées, le flou reste total sur la suite du dossier, ce qui impliquera peut-être l’arrivée de celui-ci dans l’espace public afin de provoquer des prises de position et éclaircissements. « Mais je ne pense pas que l’émotion retombera s’il n’y a pas eu de sanction à l’égard des responsables du décès » conclut la tante de la victime.