Dans le quartier de De Wand à Laeken, Benoît Hissette est connu. Peut-être pas son nom, mais son visage. Et sa gentillesse. Benoît Hissette est guichetier du bureau de poste dans l'angle de l'avenue de la Brise et la rue De Wand depuis huit ans. Toute personne qui a eu affaire à lui à la poste se souvient de sa serviabilité. Cet amoureux des mots vient de sortir un livre: "Carnets d'un guichetier ou l'étonnant ordinaire" chez Fidélité, petite maison d'édition belge. Ce livre réunit 30 récits, 30 rencontres faites derrière son guichet de Bpost. "Certains clients me surprennent par leur manière d'être. Ils me touchent".

Il y a trois ans, le guichetier âgé de 64 ans aujourd'hui, commence à mettre sur papier ce qu'il ressent, ce qu'il éprouve devant certaines rencontres. "Je me demande pourquoi ces gens me touchent. Derrière ces gens ordinaires, devant la normalité, il y a des choses formidables. je suis assez sédentaire mais je voyage à travers les gens". Entre deux clients, le soir et le week-end Benoît écrit. Il raconte ses rencontres avec les clients du bureau de poste. Il y a les habitués et les parfaits inconnus. "Pourquoi cet homme, Monsieur Jamme, vient tous les jours au bureau de poste ? Tous les jours il demande ce qu'il y a sur son compte et retire dix euros".

Il y a ce client bien habillé en complet veston, cravate qui vient pour la première fois. "Il commence à me parler du café, qu'il aime le café et que sa femme a une super machine à café. Il a envie de parler, il n'a pas envie de quitter le bureau". Ce client n'est jamais revenu mais Benoît lui a consacré quelques pages. Il y a également cette cliente étrangère. "C'est une dame qui ne parlait pas très bien le français. Elle venait régulièrement. On essayait de se comprendre. Cela aurait pu être un moment désagréable mais c'était devenu un bon moment. Elle ne faisait aucun progrès en français mais elle souriait".

"Malgré les complications, c'est gai de pouvoir aider et de rencontrer du monde", précise le guichetier. Et de poursuivre : "Je ne raconte pas le monde des Bisounours à la poste". Il y a aussi des choses déplaisantes, comme ce client qui crache sur l'une de ses collègues.

Au début de sa prise de notes, Benoît Hissette ne songe pas du tout à écrire un livre. "J'ai toujours pensé que ce n'était pas pour moi". Puis les pages se remplissent et il décide d'en faire des photocopies pour les amis. Ces derniers le poussent à publier. Il prend conseil auprès d'amies écrivaines et retravaille son texte. Il obtient le feu vert de l'asbl Cléa spécialiste dans la relecture de manuscrit et l'envoie enfin à l'éditeur. Il obtient également le feu vert de son employeur Bpost. "Le service juridique de Bpost s'est chargé de récupérer les autorisations auprès des clients dont je parle". Son livre est sorti au début du mois de septembre. "Je suis fier qu'à travers mon livre on parle de ces gens ordinaires". Qui sont pour Benoît Hissette exceptionnels.