En pénétrant dans ce sous-sol bardé de coffres-forts vert anis, on songe à James Bond. On frémit à l’idée de se voir enfermé derrière 50 cm de métal blindé, où les voix s’étouffent dans l’épaisseur des murs.

L’ancienne banque Brunner est l’une des nouveautés du Banad 2022, festival Art nouveau et Art déco. Cet édifice de 1860 cache bien son jeu derrière sa façade crème noircie par les milliers de voitures qui l’honorent chaque jour de leurs microparticules crachées devant le 78 rue de la Loi. Après un corridor d’entrée modernisé, on pénètre dans l’ancienne salle des guichets, surmontée d’une coupole majestueuse.

Quand Bruxelles s’étendait vers l’est

"En 1838, la Société civile pour l’agrandissement et l’embellissement de Bruxelles de Ferdinand de Meeûs planifie d’agrandir le quartier royal vers l’est. Une vaste opération immobilière y établit la jeune classe dirigeante de la Belgique, les aristocrates et la bourgeoisie financière", retrace Pascale Durieu, guide à l’ARAU. "S’y bâtissent les plus belles maisons de maître néoclassiques. Il est question d’y implanter un palais de justice, un hippodrome, des parcs…"

Érigé dans un style éclectique, le lieu est d’abord la propriété d’un chevalier. L’institution financière s’y greffe en 1899. C’est l’architecte Léon Govaerts, spécialiste des reconversions du néoclassique vers l’Art nouveau, qui signe l’ensemble. "Il agrandit, supprime l’allée cochère et accole la banque en enfilade."

La stupéfaction guette bien davantage au premier. Une vaste salle à manger tout de boiserie s’y tapisse d’un papier peint japonais enrichi de laiton et d’étain. Une petite faune d’oiseaux, de batraciens et d’insectes dorés y grouille sur un fond vert mousse. Petit salon Louis XV, cheminées, lambris, parquet Versaille et plafonds à caissons nous rappellent encore la splendeur passée des lieux.

La maison est classée en 1995 mais désertée par son dernier occupant financier en 2005. La banque tombe en ruines. En 2019, deux familles s’associent pour en devenir propriétaires.

"L’idée est de rénover, entretenir, organiser des concerts, des résidences et des master classes de musique classique", ambitionne Christophe Boucquey, gérant du bien. "On a investi en fonds propres et on travaille depuis deux ans à la rénovation. Le lieu n’était pas squatté, sauf par les pigeons. Nous avons rempli 10 containers de gravats."

Christophe Boucquey l’assure, les recherches de l’architecte Francis Metzger "ont révélé beaucoup de détails et de secrets" sur le site . Le plus surprenant ? "On a découvert une pièce qui n’était pas sur les plans."